Face à l’instabilité récurrente des approvisionnements extérieurs, le Bénin et le Togo unissent leurs forces pour briser leur dépendance énergétique. Les deux nations d’Afrique de l’Ouest misent sur une stratégie commune : mutualiser leurs ressources et leurs investissements afin de garantir une souveraineté électrique durable et stimuler leurs zones industrielles respectives.
L’incendie survenu en avril 2025 dans la sous-station d’Akosombo au Ghana a servi de révélateur. En privant le réseau ouest-africain de 1 000 mégawatts, l’incident a immédiatement stoppé les exportations d’électricité vers le Bénin et le Togo. Cet épisode illustre une vérité implacable : en cas de crise, les États priorisent avant tout leurs propres besoins, laissant leurs voisins dans l’embarras.
Les faiblesses structurelles du système énergétique régional ne datent pas d’hier. Déjà en 2024, le Togo avait dû mobiliser 31 milliards de FCFA en urgence pour pallier l’arrêt du Gazoduc ouest-africain, faute d’approvisionnement suffisant en gaz nigérian. Cette situation met en lumière les limites de la Communauté Électrique du Bénin (CEB), créée en 1968 mais cantonnée depuis toujours à un rôle de transporteur, sans aucune capacité de production autonome.
le barrage d’adjarala, clé de voûte d’une indépendance électrique
L’urgence n’est plus seulement technique, elle est désormais politique. Le projet du barrage hydroélectrique d’Adjarala, sur le fleuve Mono, incarne cette ambition partagée. Avec un investissement de 266 milliards de FCFA pour une puissance de 147 mégawatts, ce projet offre une production électrique prévisible sur trois décennies. Il s’accompagne également d’un système d’irrigation couvrant 14 700 hectares de terres agricoles togolaises. Une manne vitale pour les deux pays, qui ne peuvent plus se permettre de dépendre des aléas énergétiques de leurs voisins.
Les zones économiques stratégiques des deux nations en sont les premières bénéficiaires. Au Bénin, la zone de Glo-Djigbé, qui concentre plus d’1 milliard de dollars d’investissements dans la transformation du coton et du cajou, tout comme la plateforme industrielle d’Adétikopé au Togo, ont besoin d’une énergie stable pour prospérer. Une intégration économique renforcée entre les deux pays leur permettrait de négocier d’égal à égal avec les investisseurs internationaux.
mobiliser l’épargne locale pour financer la transition
Alors que les bailleurs de fonds internationaux se détournent progressivement des énergies fossiles, le Bénin et le Togo explorent des solutions de financement innovantes. Leur objectif : transformer l’épargne locale en un levier puissant pour leurs infrastructures énergétiques. Les Caisses Nationales de Sécurité Sociale (CNSS) et les compagnies d’assurances, qui disposent de réserves colossales, pourraient être mises à contribution. L’émission d’obligations énergétiques communes, garanties conjointement par les deux États, permettrait de canaliser ces fonds vers des projets durables, tout en offrant un rendement attractif aux épargnants.
un tournant politique pour une souveraineté partagée
La visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Lomé en juin 2026 marque un jalon historique. Le communiqué conjoint signé par les deux dirigeants scelle une alliance économique et infrastructurelle sans précédent. Leurs visions convergent vers un même objectif : le Bénin s’engage à injecter 100 mégawatts supplémentaires tous les deux ans dans le réseau commun, tandis que le Togo vise l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Cette dynamique politique ouvre une fenêtre d’opportunité unique pour concrétiser enfin une autonomie énergétique régionale.