Burkina Faso : comment financer la santé sexuelle sans dépendre des bailleurs ?

Burkina Faso : comment financer la santé sexuelle sans dépendre des bailleurs ?

Face à l’affaiblissement des aides internationales et à la crise sécuritaire qui frappe le Burkina Faso, le pays doit désormais se tourner vers des solutions locales pour maintenir ses programmes de santé sexuelle et reproductive (SSR). Une urgence soulignée lors d’un atelier organisé par le Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN), dédié aux défis actuels et aux alternatives endogènes.

Selon les chiffres officiels, plus de 80 % des fonds alloués à la SSR au Burkina Faso provenaient jusqu’ici de partenaires étrangers. Avec leur retrait progressif, les autorités sanitaires burkinabè se retrouvent contraintes de repenser leur modèle de financement pour éviter une rupture des services essentiels.

Désiré Thiombiano, directeur de AMS synergie Burkina Faso

mobiliser les communautés pour une santé sexuelle autonome

Pour Désiré Thiombiano, directeur de AMS synergie Burkina Faso, la priorité est de sensibiliser et impliquer directement les populations. Son plaidoyer est clair : « il est temps de cesser de dépendre des partenaires. Chaque citoyen doit contribuer à la préservation de sa santé sexuelle pour limiter les grossesses précoces, les mariages forcés et les décès maternels ».

Parmi ses propositions, trois axes majeurs se dégagent :

  • La sensibilisation des populations sur l’importance de la mobilisation des ressources locales.
  • Le renforcement de l’implication masculine, notamment via les leaders communautaires et religieux pour promouvoir l’égalité et la responsabilité partagée.
  • La collecte communautaire structurée grâce aux collectivités territoriales, garantissant une gestion transparente et pérenne des fonds.

Ces mesures visent à renforcer l’autonomie sanitaire du pays et à sécuriser l’accès aux soins pour tous.

l’engagement de l’état burkinabè malgré les difficultés

Le ministère de la Santé du Burkina Faso a déjà pris des mesures concrètes ces dernières années. Entre 2020 et 2025, près de 3,9 milliards de francs CFA ont été investis dans l’achat de produits contraceptifs, malgré la baisse des financements extérieurs. L’objectif ? Maintenir l’accès aux services de SSR, y compris dans les zones enclavées et les régions touchées par l’insécurité.

Dr Clarisse Bougma, représentante de la directrice de la santé de la famille, insiste sur l’urgence de mobiliser des ressources endogènes : « C’est une priorité stratégique pour assurer la durabilité des actions et accélérer la réalisation des objectifs sanitaires nationaux et internationaux. »

les médias, acteurs clés de la souveraineté sanitaire

Boureima Sanga, coordinateur du REMAPSEN au Burkina Faso, a rappelé le rôle pédagogique et mobilisateur des médias dans cette transition. Pour lui, « dans un contexte de crises multiples, il est indispensable que les journalistes maîtrisent les mécanismes de financement local afin de sensibiliser efficacement les populations et appuyer la souveraineté sanitaire du pays ».

Le REMAPSEN, créé en 2020 et soutenu par le Partenariat de Ouagadougou, organise régulièrement des rencontres nationales pour promouvoir des solutions durables et adaptées aux réalités du terrain. Ces échanges visent à renforcer les capacités des acteurs locaux et à ancrer les initiatives dans une logique de développement autonome.

pour aller plus loin : renforcer les capacités des communicateurs

En parallèle, des programmes de formation sont mis en place pour outiller les journalistes et communicateurs sur les enjeux de la SSR. Ces sessions permettent de mieux comprendre les défis financiers et de promouvoir des messages adaptés aux besoins des populations.

La santé sexuelle et reproductive au Burkina Faso entre ainsi dans une nouvelle ère, où l’innovation locale et la mobilisation citoyenne deviennent les piliers d’un système plus résilient et souverain.

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