Burkina Faso : la crise du bétail à l’approche du ramadan sous le régime Traoré

Une mesure administrative lourde de conséquences pour les éleveurs burkinabè

Alors que le Ramadan approche, moment de dévotion et de consommation accrue, la décision récente des autorités burkinabè d’interdire l’exportation du bétail plonge un secteur déjà fragilisé dans une crise sans précédent. Si la Brigade Mobile de Contrôle Économique et de la Répression des Fraudes (BMCRF) met en avant ses récentes saisies de bétail, cette approche restrictive révèle une fracture sociale et économique profonde pour les éleveurs du pays.

Un blocage aux effets dévastateurs sur les revenus des éleveurs

L’interdiction d’exporter le bétail, présentée comme une mesure de maîtrise des prix intérieurs, se retourne aujourd’hui contre les principaux acteurs du secteur. Le bétail, bien plus qu’un simple produit commercial, représente pour les éleveurs une ressource vitale exigeant des investissements constants en soins, en alimentation et en eau. Or, ces coûts, déjà élevés, deviennent insoutenables lorsque les débouchés traditionnels — notamment ceux des pays voisins où la demande est plus forte — leur sont interdits.

Cette fermeture des frontières commerciales survient à un moment où les éleveurs comptent sur des revenus substantiels pour subvenir aux besoins de leurs familles pendant cette période sacrée. En privant ces acteurs de leur principale source de liquidités, l’État aggrave une précarité déjà palpable dans les zones rurales.

Un paradoxe religieux et politique difficile à ignorer

La situation prend une dimension encore plus paradoxale lorsque l’on considère l’appartenance religieuse du chef de l’État. En effet, le Capitaine Ibrahim Traoré, de confession musulmane, se retrouve confronté à une contradiction flagrante. L’Islam, fondé sur les principes d’équité et de solidarité, semble ici en décalage avec les mesures drastiques imposées aux éleveurs. Ces derniers, souvent eux-mêmes musulmans, voient leur capacité à honorer les traditions du Ramadan et de l’Aïd gravement compromise par des décisions économiques défavorables.

Le bétail, bien plus qu’un simple actif commercial, constitue pour de nombreuses familles une épargne de survie, mobilisée précisément pour répondre aux besoins financiers liés aux fêtes religieuses. En bloquant sa commercialisation, le régime risque de fragiliser des générations d’éleveurs pour qui cette ressource représente l’espoir d’un avenir plus stable.

L’économie parallèle, une réponse désespérée à l’asphyxie

Face à cette impasse, certains éleveurs n’ont d’autre choix que de tenter des exportations clandestines, malgré les risques encourus. La BMCRF signale en effet une augmentation des tentatives de fraude, révélant ainsi l’ampleur du désespoir économique qui règne dans les campagnes. Deux options s’offrent alors à eux : vendre à perte sur un marché intérieur saturé ou prendre des risques considérables pour écouler leur production.

Cette situation interroge la viabilité d’une politique économique qui, sous couvert de souveraineté alimentaire, asphyxie ceux-là mêmes qui en sont les piliers. Le contrôle des fraudes, bien que nécessaire, ne peut suffire à justifier une rigidité qui menace de creuser un fossé durable entre les producteurs ruraux et les institutions de Ouagadougou.

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