Une décision aux conséquences immédiates pour les citoyens et l’opposition
Au Burkina Faso, le retour de la peine de mort, voté à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition, marque un tournant radical dans la gestion du pouvoir par le capitaine Ibrahim Traoré. Derrière le slogan « Le sentimentalisme, c’est fini », se cache une volonté affichée de fermeté, mais surtout une stratégie calculée pour museler toute opposition, en particulier celle incarnée par l’ancien chef d’État de transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Cette réforme pénale, loin d’être une simple mesure judiciaire, s’apparente à une bombe à retardement pour l’équilibre politique et social du pays.
Damiba, cible prioritaire d’une justice instrumentalisée
Poursuivi pour « haute trahison » et conspiration contre la sûreté de l’État, Paul-Henri Sandaogo Damiba devient la victime expiatoire d’un système judiciaire désormais sous emprise politique. Le timing de cette réintroduction de la peine capitale n’est pas anodin : en rétablissant le châtiment suprême, le régime ouvre la voie à une condamnation à mort lors du procès à venir de son prédécesseur. L’objectif ? Envoyer un message sans ambiguïté aux dissidents et aux rivaux, en faisant de Damiba un exemple destiné à dissuader toute velléité de contestation.
En supprimant toute possibilité de grâce ou de clémence, le pouvoir traîne dans la boue le principe même de l’humanité dans l’application de la justice. La terreur d’État prend le pas sur l’État de droit, et la peur devient l’outil privilégié pour assoir un pouvoir déjà fragilisé par des mois de tensions internes.
Le miroir brisé : quand les bourreaux deviennent victimes
L’acharnement judiciaire contre Damiba révèle une ironie tragique : ceux qui ont partagé son combat et sa stratégie sont aujourd’hui les mêmes à brandir contre lui les armes qu’il a lui-même forgées. En janvier 2022, Damiba renversait le président élu Roch Marc Christian Kaboré par les armes, invoquant un « sursaut patriotique ». Huit mois plus tard, Ibrahim Traoré lui appliquait le même scénario, qualifiant alors son acte de « libération patriotique ». Aujourd’hui, les mêmes méthodes sont requalifiées en crimes capitaux, illustrant l’arbitraire d’une justice devenue complice des luttes de pouvoir.
Cette instabilité récurrente, nourrie par des coups d’État à répétition, plonge le Burkina Faso dans un cycle sans fin où les bourreaux d’hier risquent de devenir les condamnés de demain. Le piège se referme sur celui qui a cru pouvoir maîtriser l’instrumentalisation de la violence politique.
L’économie et la société burkinabè sous la menace d’un pouvoir autodestructeur
Au-delà des enjeux politiques, le rétablissement de la peine de mort pèse lourdement sur l’économie et la cohésion sociale du pays. Les investisseurs, déjà réticents en raison des incertitudes politiques, pourraient encore se détourner d’un pays où la justice est perçue comme un outil de vendetta. Les partenaires internationaux, attentifs à l’évolution des droits humains, pourraient réévaluer leur coopération, aggravant l’isolement économique du Burkina Faso.
Sur le plan interne, la peur s’installe. Les familles des opposants ou des dissidents au sein de l’armée vivent dans l’angoisse permanente d’une répression aveugle. Les organisations de la société civile, déjà sous surveillance, voient leurs marges de manœuvre réduites à néant. Le régime de Traoré, en choisissant la voie de la terreur, hypothèque l’avenir d’une nation déjà éprouvée par des années de crises multiples.
Un cercle vicieux qui condamne l’avenir du Burkina Faso
En restaurant la peine de mort, le pouvoir burkinabè s’engage dans une impasse dont les conséquences pourraient être dévastatrices. L’histoire des transitions militaires en Afrique montre que ceux qui choisissent la violence comme levier de pouvoir finissent souvent par en être les victimes. Le Burkina Faso, déjà fragilisé par des années d’instabilité, se dirige vers une escalade de la répression qui ne fera que nourrir la colère et la radicalisation.
Pour les citoyens, l’enjeu est simple : accepter une justice à deux vitesses au nom d’une stabilité illusoire, ou refuser ce glissement vers l’autoritarisme pour préserver les fondements mêmes de la démocratie. Le choix qui s’offre au pays n’est pas seulement celui de la survie politique de Traoré, mais bien celui de son avenir en tant que nation unie et respectueuse des droits fondamentaux.