Le président camerounais Paul Biya, figure emblématique de la nation et actuellement éloigné de la scène publique depuis près de deux mois, a initié un remaniement significatif au sein de l’armée. Cette décision intervient alors que des inquiétudes grandissantes pèsent sur son séjour prolongé à l’étranger.
Le chef de l’État, âgé de 93 ans, a procédé à la nomination de plusieurs officiers à des postes stratégiques et a élevé cinq colonels au grade de général de brigade.
Ces réorganisations militaires ne sont pas inédites sous l’administration de Paul Biya. Elles surviennent fréquemment lors de périodes de forte pression publique ou en réponse à une perception de vulnérabilité.

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Par exemple, suite au coup d’État survenu il y a trois ans au Gabon voisin, qui a secoué la dynastie Bongo et résonné sur l’ensemble du continent, le Cameroun avait promptement réorganisé son commandement militaire. De même, avant de briguer un huitième mandat controversé lors de la dernière élection présidentielle, Paul Biya avait déjà procédé à une restructuration des hauts gradés de l’armée. En juin dernier, il avait également promu plusieurs membres des forces de défense et de sécurité à des grades supérieurs.
Les circonstances entourant ces récentes nominations ont suscité de vifs débats, notamment sur les réseaux sociaux.
Paul Biya a signé ces décrets distincts lundi depuis Genève, en Suisse. Il y séjourne depuis son départ du Cameroun le 7 juin, pour ce que son entourage a qualifié de « bref séjour privé ».
Au Cameroun, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le manque de transparence concernant ses activités et l’incertitude planant sur la durée de son absence.
Après les élections de l’année précédente, le président avait promis de former un nouveau gouvernement, une promesse qui n’a pas encore été tenue. Le poste de vice-président, créé en avril dernier, demeure également vacant.
Durant son séjour à l’étranger, qui approche les 60 jours, il a néanmoins validé plusieurs autres décrets, incluant des autorisations pour son gouvernement de contracter des accords de prêt avec des institutions financières internationales.
Cette absence prolongée a ravivé les spéculations sur son état de santé, bien que le gouvernement ait constamment démenti les rumeurs d’hospitalisation.
Il y a deux ans, des organisations de défense de la liberté de la presse s’étaient indignées après l’interdiction faite aux médias camerounais de rapporter des informations sur la santé du président Biya.
Le ministre camerounais de la Communication, René Emmanuel Sadi, a affirmé que le président était en vie et qu’il rentrerait prochainement au pays. Il a également rejeté les allégations de l’opposition selon lesquelles l’absence du dirigeant nonagénaire créerait une vacance à la tête de l’État, insistant sur le fait que Paul Biya continuait de travailler depuis Genève.
Cependant, pour Mamadou Mota, vice-président du parti d’opposition CRM, l’absence prolongée du président Biya engendre un « vide institutionnel flagrant » au Cameroun. « Le pouvoir exécutif doit s’exercer au cœur de la nation, et non par des signaux de fumée ou par télépathie depuis des suites d’hôtel à l’autre bout du monde », avait-il déclaré le mois dernier.