L’ambiance à Boston ce lundi rappelait étrangement celle de 1998. Même soleil éclatant, mêmes noms résonnants côté adversaire (Enciso, Paredes, Arce, Sanabria), même maillot à rayures rouges et blanches, et surtout, ce même mur infranchissable face auquel l’Allemagne s’est heurtée sans succès. Pourtant, cette fois-ci, la Mannschaft n’a pas trouvé son héros providentiel pour forcer le destin. Contre toute attente, l’équipe, pourtant considérée comme un outsider sérieux, a été éliminée en 16es de finale de la Coupe du monde par le Paraguay, après une séance de tirs au but haletante (1-1, 4-3 t.a.b.).
Cette déroute marque la troisième fois consécutive que l’Allemagne échoue à se hisser parmi les seize meilleures nations du tournoi, après les éditions de 2018 et 2022. Plus frappant encore, c’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde que la sélection allemande s’incline lors d’une séance de tirs au but, un exercice qui fut longtemps sa marque de fabrique. L’ampleur du désastre était palpable dans les tribunes de presse, où l’abattement des journalistes allemands contrastait vivement avec la joie exubérante des supporters paraguayens.
Kimmich face à l’incompréhensible
« C’est l’un des pires jours pour le football allemand », a murmuré l’un de nos confrères en zone mixte, avant de disparaître, laissant la place à la liesse des Paraguayens. Joshua Kimmich, le visage fermé et la mâchoire serrée, a tenté de trouver les mots pour justifier cette élimination inattendue.
« C’est terrible, a confié le capitaine allemand. Enfant, je voyais toujours l’équipe nationale atteindre les demi-finales, les finales de Coupe du monde. Ces succès m’ont profondément marqué. Et cette joie, c’est ce que nous voulons offrir aux enfants et à tous ceux qui nous soutiennent. Nous n’y sommes pas parvenus. »
La performance de Kimmich lui-même a symbolisé les dysfonctionnements de la Mannschaft. Habitué au rôle de milieu de terrain au Bayern Munich, il a été positionné dans un rôle hybride, ni réellement défenseur central, ni arrière droit, ni pur récupérateur. Ce choix tactique a gravement déséquilibré l’équipe, notamment le flanc droit où Leroy Sané, en difficulté, s’est retrouvé sans soutien face aux assauts adverses.
Des choix tactiques et de joueurs sous le feu des critiques
Face au bloc défensif compact du Paraguay, l’attaque allemande s’est montrée totalement impuissante. La première mi-temps n’a offert aucune occasion franche. Après la pause, un but de la tête de Havertz a apporté un bref espoir, mais le reste s’est limité à quelques longs ballons et centres sans réel danger. Le gardien paraguayen, Orlando Gill, n’a jamais été sérieusement inquiété. Les remplacements opérés par Julian Nagelsmann n’ont pas non plus réussi à inverser la tendance.
Le sélectionneur allemand, autrefois salué comme un jeune prodige à ses débuts en Bundesliga avec Hoffenheim en 2016, est désormais la cible de vives critiques. Non seulement pour le résultat catastrophique de la soirée, mais aussi pour ses décisions tactiques jugées incompréhensibles, comme l’entrée de Goretzka à la mi-temps ou de Woltemade en fin de match. Sa sélection de certains joueurs pour le tournoi aux États-Unis, tels que Jonathan Tah, Leroy Sané ou même Manuel Neuer, est également remise en question.
Le retour de Manuel Neuer, après sa retraite internationale, fut une décision controversée de Nagelsmann, qui l’a embarqué malgré ses 40 ans, une saison difficile avec le Bayern, et la présence d’Oliver Baumann, qui assurait la cage allemande avec conviction. Un observateur avait même prévenu avant la rencontre : « C’est une grosse erreur de l’avoir pris. »
« Cela a perturbé le groupe, a-t-il ajouté. Si les joueurs du Bayern étaient favorables à son retour, les autres l’étaient beaucoup moins. Manuel Neuer ne figurait même pas parmi les six meilleurs gardiens de Bundesliga cette saison. On ne pouvait pas espérer aller loin au Mondial avec lui. »
L’avenir de Julian Nagelsmann en question
Cette prédiction s’est avérée juste, bien que Manuel Neuer ait réalisé un match correct, avec deux arrêts décisifs et un arrêt sur le cinquième tir au but paraguayen qui a relancé le suspense, en vain. Au-delà des performances individuelles, c’est la gestion de Nagelsmann qui est désormais au centre des préoccupations. Après l’humiliation subie à Boston, il a naturellement été interrogé sur son futur. Sa réponse fut sans équivoque :
« Je ne suis pas du genre à fuir. Ce n’est pas la première fois que nous vivons un tel tournoi. Il y a des choses à changer, mais ce n’est pas le moment d’en discuter. Si la Fédération souhaite que je continue, je continuerai. Si elle ne le veut pas, elle me le fera savoir. Je connais les règles du football. Beaucoup de monde souhaiterait probablement que je ne reste pas. »
Malgré un accrochage avec une journaliste allemande après le match, Nagelsmann a pu compter sur le soutien de son capitaine, qu’il avait déjà dirigé à Munich : « Je pense que les Allemands ont besoin de quelque chose dont ils peuvent être fiers en ce moment. Malheureusement, ce n’est pas l’équipe nationale. Nous, les joueurs sur le terrain, avons commis des erreurs et nous en assumons la responsabilité. Ce n’était pas l’entraîneur, ce n’était pas les médias, ce n’était pas l’arbitre, ce n’était pas l’adversaire. C’était nous. » Pendant ce temps, la France, ou peut-être la Suède, observe avec un sourire en coin.