Cinq ans après le putsch, le Mali face à des défis persistants

Il y a cinq ans jour pour jour, le général Assimi Goïta s’emparait du pouvoir au Mali par un coup d’État. Depuis cet événement marquant, l’actualité Mali est ponctuée de nombreuses critiques concernant la gestion du pays. Pourtant, une part non négligeable de la population maintient son soutien au régime en place. Une analyse approfondie s’impose pour comprendre cette situation complexe.

Portrait d'Assimi Goïta

La liberté d’expression en recul et la sécurité menacée

Depuis la prise de pouvoir par les militaires, la répression des voix dissidentes s’est intensifiée. Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la fondation Konrad Adenauer au Mali, observe que « la répression s’est accrue. Il n’est plus si facile de s’exprimer librement. » Bien que des discussions franches restent possibles entre personnes de confiance, la prudence est devenue la norme. Des critiques à l’égard de la politique malienne ont conduit à l’emprisonnement de certains et à l’exil d’autres.

Portait d'Ulf Laessing, directeur du programme Sahel de la fondation Konrad Adenauer au Mali

Concernant la Mali sécurité, la situation est loin de s’améliorer. Initialement, certaines régions comme la route vers Ségou avaient connu une accalmie, permettant aux agriculteurs de retourner dans leurs champs. Cependant, cette amélioration fut éphémère. Ulf Laessing exprime un profond pessimisme : « Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La crise a continué. » La croissance démographique galopante, le changement climatique et l’insécurité persistante rendent toute perspective de pacification complexe pour n’importe quel gouvernement.

Qui finance le JNIM et le FLA qui ont attaqué le Mali ?

L’échec de la lutte anti-jihadiste et l’isolement du Mali

L’ambition affichée par les militaires en 2020 de mettre un terme aux activités jihadistes n’a pas porté ses fruits. Le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et l’État islamique contrôlent de facto des portions significatives du territoire. Ulf Laessing estime qu’« aucun gouvernement ne parviendra à les reprendre. »

Fin avril, le Mali a été le théâtre d’attaques coordonnées sans précédent menées par des jihadistes et des rebelles touaregs. Cette offensive, la plus importante depuis 2012, a constitué un « véritable choc » et une attaque frontale contre la souveraineté Mali. Bien que le gouvernement soit resté en place, il a perdu le contrôle de certaines zones du nord. La situation s’est stabilisée, mais l’impact sur le prestige de l’État est considérable, d’autant plus que l’intervention des Russes, censée renforcer la sécurité, n’a pas empêché ces revers.

La question du soutien extérieur est également préoccupante. Les mercenaires russes, estimés entre 1 500 et 2 000 hommes, se sont retirés de Kidal et d’autres localités du nord « sans combattre », selon Ulf Laessing, soulignant une humiliation. De plus, les alliés du Mali au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Niger et le Burkina Faso, n’ont apporté qu’un soutien symbolique, voire inexistant, lors de ces attaques. Ces deux nations, elles-mêmes aux prises avec des groupes jihadistes, manquent de capacités pour venir en aide au Mali, laissant le pays dans un relatif isolement.

Des soldats du FLA dans une voiture, traversant une caserne antérieurement utilisée par l'Africa-Corps à Kidal

La solidarité de l’AES et les perspectives de dialogue

La solidarité affichée par les trois États de l’AES est plus politique que militaire. Les chefs militaires du Mali, du Niger et du Burkina Faso partagent une idéologie commune et de nombreux projets, mais les capacités et la volonté de les concrétiser font défaut. Ulf Laessing rappelle que ces pays figurent parmi les plus pauvres du monde, ce qui limite considérablement l’étendue de leur coopération. Il ne s’agit pas d’une alliance comparable à l’Union européenne ou à l’OTAN, mais plutôt de nations luttant pour leur survie.

Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traore côte à côte

Face à cette situation complexe, une solution pourrait résider dans le dialogue. Le fait que la population malienne ne souhaite ni la charia ni l’instauration d’un régime islamiste est un point positif. L’espoir est de pouvoir s’appuyer sur cette volonté populaire pour engager des négociations avec les factions les plus modérées des groupes jihadistes.

Ulf Laessing estime que le JNIM n’a pas la capacité de contrôler des villes comme Bamako ou l’ensemble du pays. Leurs objectifs seraient plutôt de contrôler certaines régions, d’obtenir une certaine autonomie et d’influencer un gouvernement à Bamako pour qu’il intègre davantage la charia dans ses lois. Il souligne que les jihadistes maliens sont souvent des acteurs locaux, dont les motivations peuvent être liées à l’accès aux ressources comme l’eau et la terre. Il faudra donc, à terme, combiner action militaire et dialogue avec des interlocuteurs modérés. L’exemple de la Mauritanie, qui a su allier force militaire et compromis (comme l’interdiction de l’alcool et l’établissement d’une République islamique), pourrait servir de modèle pour trouver un équilibre sans adopter un programme extrémiste.

Des personnes avec des bidons d'eau dans lac asséché de Faguibine dans la région du Tombouctou.

Le soutien populaire ambigu et la résignation

Malgré les critiques et la détérioration des conditions de vie, le gouvernement militaire bénéficie encore d’un certain soutien. La population ne souhaite pas la charia à Bamako, et l’absence de manifestations massives, même après les attaques d’avril ou le blocus des livraisons de carburant, s’explique par la crainte d’une alternative encore plus islamiste. Les Maliens rejettent à la fois les jihadistes et les anciennes élites corrompues, souvent perçues comme liées à la France et à l’Europe.

L’âge moyen de la population malienne étant de 15 ans, une grande partie de la jeunesse, déconnectée de l’Europe et s’informant via les réseaux sociaux, est particulièrement sensible à la propagande, y compris celle diffusée par des acteurs étrangers pour soutenir le gouvernement. La vie quotidienne est devenue plus difficile, entraînant une forme de résignation et une perte d’illusions vis-à-vis des politiciens. Beaucoup estiment que les anciens partis n’ont pas amélioré la situation, et préfèrent donner une chance au gouvernement actuel, tant qu’il n’y a pas d’attaques majeures supplémentaires.

De la fumée sur les routes de Bamako
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