Une délégation d’Amazon Web Services (AWS), menée par Raya Nassar et Terrence Naidoo, s’est rendue à Yaoundé pour échanger avec Judith Yah Sunday, directrice générale de Camtel. En présence d’Antoinette Manyaga, représentante des services technologiques de l’ambassade des États-Unis au Cameroun, les discussions ont porté sur trois axes majeurs : le stockage en nuage, l’intelligence artificielle et les solutions satellitaires. Pour l’instant, aucun engagement contractuel, calendrier précis ou montant financier n’a été dévoilé.
AWS, l’un des trois géants mondiaux du cloud aux côtés de Microsoft Azure et Google Cloud, propose des services de stockage, de calcul et d’outils d’apprentissage automatique à distance. Son intérêt marqué pour le Cameroun reflète l’engouement croissant des hyperscalers américains pour l’Afrique centrale, une région encore peu équipée en infrastructures locales dédiées au cloud.
Camtel mise sur l’innovation numérique pour se repositionner
L’opérateur public camerounais n’en est pas à ses débuts dans ce domaine. Dès fin 2025, il a signé un accord de trois ans avec Ethio Telecom pour développer le paiement mobile, la digitalisation des services publics, le cloud gouvernemental et la modernisation des réseaux. En avril 2026, il a également étudié des solutions de connectivité par satellite avec Avanti Communications, écartant temporairement l’option Starlink. Ces initiatives illustrent une stratégie claire : diversifier ses activités au-delà de la simple connectivité pour s’imposer dans les services numériques à haute valeur ajoutée.
Avec un réseau étendu de fibre optique, des infrastructures mobiles et des capacités d’hébergement local, Camtel vise à devenir un acteur clé de la transformation numérique en Afrique subsaharienne d’ici 2030. Un partenariat avec AWS lui offrirait un accès à des services cloud éprouvés, des solutions d’intelligence artificielle clés en main et un transfert de compétences pour ses équipes techniques.
Souveraineté des données : un défi à maîtriser
Cependant, cette collaboration soulève des enjeux majeurs, à commencer par la localisation des données. Un hébergement sur les serveurs mondiaux d’AWS, situés hors du Cameroun, pourrait exposer certaines données publiques ou stratégiques à des cadres juridiques étrangers. À l’inverse, la mise en place de zones de disponibilité locales nécessiterait des investissements colossaux, généralement réservés par AWS à des marchés comme l’Afrique du Sud, où une région cloud est déjà opérationnelle.
Les modalités de facturation, souvent libellées en dollars et indexées sur la consommation, posent également la question de la soutenabilité pour les administrations camerounaises. D’autres points cruciaux devront être résolus : la cybersécurité, la continuité de service, la répartition des responsabilités entre Camtel et AWS, ainsi que le respect du cadre réglementaire national en matière de protection des données personnelles, notamment pour les traitements sensibles menés par les ministères et entreprises publiques.
Quels scénarios concrets pour l’avenir ?
Plusieurs formes de collaboration sont envisagées : revente de services AWS par Camtel, hébergement de solutions locales sur les infrastructures d’Amazon, formation des ingénieurs camerounais ou développement conjoint de projets d’intelligence artificielle pour les administrations. Aucun de ces scénarios n’a encore été validé. Cette réunion reste donc une première prise de contact, dont l’impact dépendra des projets finalement retenus.
Le Cameroun s’inscrit dans une dynamique régionale où les pays d’Afrique francophone multiplient les partenariats avec les hyperscalers pour combler leur retard en infrastructures numériques, tout en cherchant à préserver leur souveraineté sur les données sensibles. Pour Camtel, l’enjeu sera de transformer ces échanges en une offre viable sur le plan commercial, adaptée à un marché où les exigences de conformité et de prix restent fortes.