Condamnation de Moussa Mara au Mali : une justice sous influence dénoncée par Amnesty International

La condamnation de l’ancien premier ministre Moussa Mara à deux ans de prison, dont un an ferme, ainsi qu’à une amende de 500 000 francs CFA, est vivement contestée. Amnesty International qualifie ce verdict de « parodie de justice » et exhorte les autorités maliennes à libérer immédiatement l’homme politique, ainsi que tous les prisonniers d’opinion détenus dans le pays.

Selon Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale, cette sentence témoigne d’un mépris flagrant des engagements du Mali en matière de droits humains. Ces obligations sont pourtant inscrites dans la Constitution nationale, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

« Au lieu d’étouffer les critiques, les dirigeants doivent cesser la répression contre l’opposition pacifique et abandonner les dérives autoritaires », a souligné le responsable de l’organisation. Il insiste sur la nécessité de garantir les libertés fondamentales, notamment d’expression, d’association et de réunion pacifique pour l’ensemble des citoyens maliens.

Un tweet à l’origine de l’arrestation

Président du parti d’opposition Yéléma, Moussa Mara a été interpellé le 1er août dernier. Il fait face à des chefs d’inculpation tels que l’« atteinte au crédit de l’État », l’« incitation au trouble à l’ordre public » et l’« opposition à l’autorité légitime ».

Son incarcération fait suite à un message publié sur les réseaux sociaux le 4 juillet, où il témoignait sa solidarité envers des activistes et des politiciens emprisonnés. Dans ce texte, il évoquait symboliquement la lutte pour que « le soleil apparaisse », un engagement interprété de manière hostile par le pouvoir en place.

Les autorités doivent cesser de recourir aux détentions arbitraires, aux disparitions forcées et à l’utilisation abusive du système pénal pour réduire au silence les opposant·e·s pacifiques au Mali.

Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

Multiplication des arrestations et disparitions forcées

La répression au Mali ne se limite pas aux figures de premier plan. De nombreux journalistes et militants subissent des pressions croissantes.

  • El Béchir Thiam : ce journaliste et membre du parti Yéléma a été enlevé en mai 2025 par des individus cagoulés après avoir critiqué la prolongation du mandat du gouvernement militaire. Après plusieurs mois de détention au secret, il a finalement été libéré en septembre 2025.
  • Clément Dembélé : cet activiste engagé contre la corruption a été arrêté en novembre 2023. Malgré une ordonnance de libération rendue par un juge d’instruction en avril 2025, il demeure derrière les barreaux de manière arbitraire.

Des experts des Nations unies ont déjà exprimé leurs vives inquiétudes face à ces pratiques, appelant au respect de l’état de droit et du droit à un procès équitable.

Une opposition systématiquement muselée

Depuis 2023, plusieurs autres voix dissidentes ont été réduites au silence :

Rokiatou Doumbia, surnommée « Rose Vie Chère », reste détenue malgré l’expiration de sa peine d’un an de prison prononcée pour avoir dénoncé l’inflation et l’insécurité. De même, l’activiste Mohamed Youssouf Bathily, alias « Ras Bath », fait face à de nouvelles accusations pour maintenir son incarcération après avoir purgé une première peine liée à ses déclarations sur le décès de l’ancien premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.

Le cas d’Adama Diarra, dit « Ben le Cerveau », illustre également cette tendance. Arrêté après avoir plaidé pour un retour à l’ordre constitutionnel, il s’est vu refuser toute mise en liberté provisoire. Enfin, Issa Kaou N’Djim a été condamné à deux ans de prison pour avoir publiquement douté d’une version officielle concernant une tentative de coup d’État au Burkina Faso.

Un contexte de transition prolongée

Le Mali traverse une période d’instabilité politique majeure depuis le coup d’État de 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. La transition militaire, initialement prévue pour être courte, a été étendue à plusieurs reprises. En avril 2025, les autorités ont franchi une nouvelle étape en prononçant la dissolution des partis politiques et en prolongeant la période de transition de cinq années supplémentaires.

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