Contrôles étrangers à Dakar : l’inquiétude grandit face aux nouvelles mesures

Les contrôles policiers ciblant les étrangers s’intensifient dans les rues de Dakar et sa périphérie. En l’espace de seulement huit jours, les autorités ont vérifié les titres de séjour de près de 500 personnes, dont 36 ont été déférées au parquet pour séjour irrégulier. Ces opérations, officiellement présentées comme des vérifications administratives classiques, alimentent un débat sur leur impact réel et leur perception par la société civile.

L’histoire d’Amadou Bangoura, étudiant béninois de 30 ans installé au Sénégal depuis cinq ans, illustre cette tendance. Ce soir-là, alors qu’il quittait une salle de sport du quartier de Liberté 6 vers 22 heures, une patrouille de police l’a interpellé pour un contrôle de routine. Sans ses papiers sur lui, il a vécu une scène inhabituelle : angoisse face à l’hypothèse d’un retour forcé ou d’une incarcération, avant d’être finalement conduit à son domicile pour prouver la régularité de son séjour. Un épisode qui révèle la tension croissante autour de ces pratiques.

Les données officielles confirment cette montée en puissance. Entre le 30 juin et le 8 juillet 2026, la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage (DPETV) a mené des campagnes de vérification dans plusieurs zones de la capitale et de sa banlieue. Résultat : 490 étrangers contrôlés, dont 36 placés en situation irrégulière déférés au parquet. Une dynamique qui soulève des questions sur son efficacité et son bien-fondé.

la société civile dénonce une logique de suspicion généralisée

Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Legs Africa, Frapp, Nawle, Afrikajom Center et Diwan Citoyen, ont publié un communiqué commun pour alerter sur les conséquences de ces mesures. Tout en reconnaissant le droit souverain de l’État sénégalais à réguler l’immigration, elles pointent du doigt une dérive inquiétante : la transformation progressive de l’étranger en une figure suspecte par principe.

« La souveraineté ne peut se confondre avec l’arbitraire », rappellent-elles. Leur principal grief porte sur une évolution préoccupante : l’étranger n’est plus perçu comme une personne titulaire de droits, mais comme un risque administratif permanent. Une logique qui, selon elles, menace jusqu’à la régularité des séjours légaux.

sécurité et ouverture : un équilibre à retrouver

Elimane Kane, président de Legs Africa, refuse de réduire cette problématique à une opposition entre sécurité et hospitalité, deux valeurs traditionnellement associées au Sénégal. Pour lui, le contrôle des frontières reste une prérogative légitime de l’État, mais il met en garde contre une interprétation malvenue de ces opérations. « La sécurité n’exclut pas l’altérité », martèle-t-il.

Il appelle à une meilleure coordination entre les forces de sécurité pour éviter que ces contrôles ne soient perçus comme des persécutions ciblées. « Tout comme les Sénégalais partent travailler à l’étranger, les étrangers ont le droit de venir ici pour travailler et étudier », souligne-t-il. La solution, selon lui, ne réside pas dans la stigmatisation des migrants, mais dans la création d’opportunités pour les jeunes Sénégalais sur leur propre territoire.

Dans un contexte où la mobilité professionnelle s’inscrit dans une réalité mondiale, ces contrôles interrogent : comment concilier fermeté administrative et respect des droits fondamentaux ? La question reste ouverte, alors que les opérations de vérification se poursuivent dans les rues dakaroises.

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