Un sommet historique où l’énergie devient le miroir de l’économie africaine
Du 28 au 30 octobre 2026, Cotonou s’impose comme l’épicentre des débats sur l’avenir énergétique de l’Afrique. Le 12ᵉ Sommet des think tanks africains (#ATTS2026), organisé autour de la réforme du secteur électrique, révèle une prise de conscience : l’accès à l’énergie ne peut plus être dissocié des retombées concrètes pour les citoyens, les entreprises et l’industrie. Mais comment transformer les kilowattheures en emplois, en croissance et en compétitivité ?
Un accès à l’électricité qui reste un défi, mais pas une fin en soi
Si les progrès en matière de raccordement électrique sont indéniables, leur utilité réelle dépend d’une question cruciale : l’électricité sert-elle vraiment l’économie ? Le sommet de Cotonou met en lumière un paradoxe : des millions de ménages et d’entreprises africains sont désormais connectés, mais les coupures régulières, les tarifs trop élevés ou une offre inadaptée continuent de freiner l’industrialisation et la création de richesse.
Les participants s’accordent sur un constat : sans électricité fiable et abordable, les chaînes de valeur locales restent fragiles. Les agriculteurs peinent à mécaniser leurs exploitations, les PME voient leur productivité s’effondrer, et les investisseurs étrangers hésitent à s’installer. L’enjeu n’est donc plus seulement technique, mais économique et social.
Le Bénin en première ligne : quand l’énergie façonne le développement local
La capitale économique du Bénin, Cotonou, incarne cette problématique. Les autorités locales, à l’instar du maire Luc Gnacadja, soulignent le rôle clé de l’électricité dans l’amélioration des services publics et le dynamisme des quartiers. Des écoles aux hôpitaux, en passant par les marchés et les petites entreprises, l’accès continu à l’électricité est devenu un indicateur du niveau de vie.
Mais les défis persistent :
- Des infrastructures vieillissantes qui entraînent des pertes colossales d’énergie
- Des tarifs qui pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises
- Un manque de coordination entre les acteurs publics et privés
Le sommet de Cotonou a donc placé les retombées locales au cœur des débats, en interrogeant : comment faire en sorte que l’énergie produite serve réellement le développement économique, et pas seulement les lignes de compteurs ?
Des réformes indispensables pour une énergie au service de la croissance
Les discussions ont révélé un consensus : les réformes ne doivent plus se limiter au raccordement, mais viser une transformation systémique. Trois axes majeurs émergent :
- La fiabilité du réseau : des investissements ciblés pour réduire les coupures et améliorer la qualité de l’électricité, condition sine qua non pour attirer les industries.
- L’adéquation des tarifs : des politiques tarifaires qui protègent les consommateurs tout en assurant la rentabilité des opérateurs, via des subventions ciblées ou des mécanismes de solidarité.
- L’articulation avec les politiques industrielles : des incitations pour que l’énergie devienne un levier de modernisation des secteurs clés (agriculture, industrie, services).
Mamadou Biteye, secrétaire exécutif de l’ACBF, a résumé l’enjeu : « L’Afrique ne peut plus se contenter d’ajouter des kilomètres de câbles. Il faut désormais relier l’énergie aux ambitions économiques des pays. »*
Institutions et financement : les maillons faibles de la chaîne énergétique
Au-delà des infrastructures, le sommet de Cotonou a souligné un autre défi : la capacité des États et des partenaires techniques à concevoir et mettre en œuvre des réformes ambitieuses. La faiblesse des institutions, le manque de coordination et les difficultés de financement placent les pays africains dans une position de vulnérabilité.
Les experts présents ont pointé du doigt :
- L’absence de cadres réglementaires stables qui décourage les investisseurs
- Des systèmes de gouvernance parfois inefficaces, où les décisions peinent à se traduire en actions
- Un accès limité aux financements, malgré les engagements des partenaires internationaux
Pourtant, des solutions existent : l’intégration régionale des réseaux électriques, la mobilisation de fonds privés via des partenariats public-privé, ou encore la mise en place de mécanismes de suivi des retombées économiques.
L’énergie, un accélérateur de développement… si les bonnes politiques sont mises en place
Les trois jours de débats à Cotonou ont permis de dégager une vision claire : l’énergie doit devenir un pilier des stratégies de développement africaines. Trois scénarios se dessinent pour les années à venir :
- Le scénario optimiste : des réformes audacieuses, des investissements massifs et une coordination renforcée entre les acteurs, permettant à l’Afrique de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et de stimuler son industrialisation.
- Le scénario réaliste : des progrès lents, avec des avancées locales mais une persistance des inégalités d’accès, freinant la compétitivité du continent.
- Le scénario pessimiste : un statu quo, où les crises énergétiques continuent de peser sur la croissance et d’aggraver les inégalités.
Le choix dépendra de la capacité des États à traduire les bonnes intentions en actions concrètes. Comme l’a rappelé Aristide Médenou, ministre béninois de l’Économie : « Les politiques énergétiques ne valent que par leurs résultats. Il ne s’agit plus de compter les kilomètres de câbles posés, mais de mesurer l’impact sur l’emploi, la productivité et le bien-être des populations. »*
Vers une nouvelle ère énergétique pour l’Afrique ?
Le 12ᵉ Sommet des think tanks africains a révélé une vérité simple : l’énergie n’est pas une fin en soi, mais un moyen au service d’une vision économique et sociale ambitieuse. Cotonou a offert une tribune pour repenser le secteur électrique, non plus comme un problème technique, mais comme une opportunité de transformation profonde.
Les prochains mois seront décisifs. Les décisions prises par les gouvernements, les financements mobilisés et la mise en œuvre des réformes détermineront si l’Afrique réussira à faire de l’énergie un levier de croissance inclusive et durable. Une chose est sûre : le continent ne peut plus se permettre de gaspiller ses ressources — humaines, financières ou naturelles — dans des systèmes énergétiques inefficaces.