Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a exprimé sa vive préoccupation face au virage autoritaire pris par le Mali. Selon l’organisation internationale, le processus de transition démocratique s’efface progressivement au profit d’une gouvernance de plus en plus restrictive et répressive.
Cette situation découle d’une série de réformes législatives entreprises par la junte militaire, au pouvoir depuis 2020. Ces mesures favorisent une concentration inédite des pouvoirs autour du chef de l’État actuel, le général Assimi Goïta. Volker Türk a souligné que ces évolutions juridiques ferment désormais la porte à toute perspective d’élections démocratiques dans un futur proche, appelant à une restauration immédiate des libertés publiques pour les citoyens maliens.
Un horizon électoral totalement bouché
Près de cinq ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta, les engagements initiaux pour un retour à un pouvoir civil semblent avoir été abandonnés. Le Mali n’a plus organisé de scrutin présidentiel depuis 2018.
Le cadre légal a été profondément modifié en juillet dernier, permettant à Assimi Goïta de prolonger son mandat de manière indéfinie sous prétexte de pacification du territoire. Parallèlement, un décret a acté la dissolution des formations et organisations politiques. Pour le Haut-Commissariat, ces décisions constituent une violation directe du droit fondamental des citoyens de participer à la gestion des affaires publiques et d’exercer leur droit de vote.
Une opposition systématiquement muselée
Le durcissement du régime se manifeste également par une pression accrue sur les voix dissidentes. L’arrestation de l’ancien Premier ministre Moussa Mara en est l’illustration la plus marquante. Ce dernier a été interpellé après avoir diffusé un message de soutien aux prisonniers d’opinion sur les réseaux sociaux.
Volker Türk dénonce une utilisation abusive de l’appareil judiciaire pour étouffer la contestation. Il s’inquiète de la multiplication des interpellations visant des Maliens de tous horizons, souvent poursuivis pour des motifs similaires d’atteinte à l’autorité de l’État.
Violences sécuritaires et exactions contre les populations
Sur le plan sécuritaire, le Mali reste confronté aux assauts répétés des groupes affiliés à Al-Qaïda (GSIM) et à Daech. Ces menaces terroristes, qui touchent aussi le Burkina Faso et le Niger, servent de justification aux interventions militaires. L’armée malienne opère désormais avec le soutien des mercenaires d’Africa Corps, la structure paramilitaire russe ayant pris la suite du groupe Wagner.
Toutefois, ces opérations militaires entraînent de lourdes conséquences pour les civils. Les Nations Unies ont recensé de nombreux cas d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et de détentions arbitraires impliquant l’ensemble des parties au conflit. Dans ce contexte de forte instabilité, l’absence de perspectives électorales et la répression généralisée font craindre un enlisement durable du pays dans la violence et l’impasse politique.