De Yaoundé au FMI : Modeste Mopa a‑t‑il été exfiltré pour échapper à la vérité ?

Politique

De Yaoundé au FMI : Modeste Mopa a‑t‑il été exfiltré pour échapper à la vérité ?

Dans cette parvenue à la rédaction d’Actu Cameroun, Vincent Sosthène Fouda revient sur les derniers rebondissements du procès de Martinez Zogo ce lundi au Tribunal […]

Armand Djaleu
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Dans cette parvenue à la rédaction d’Actu Cameroun, Vincent Sosthène Fouda revient sur les derniers rebondissements du procès de Martinez Zogo ce lundi au Tribunal militaire de Yaoundé.

 

Lire ici sa tribune :

J’ai pris connaissance de l’article de Michel Biem Tong. Que nous disent les faits, et que taisent encore les silences ? J’ai pris connaissance de l’article de Michel Biem Tong, journaliste camerounais installé en Allemagne.

En interrogeant diverses et différentes sources selon les méthodologies propres au journalisme et aux sciences sociales, en croisant les récits, les silences, les omissions, les relevés téléphoniques, les déplacements administratifs et les décisions politiques, une architecture se dévoile. Une architecture de pouvoir, de peur, de rivalités, de stratégies souterraines. Et dans cette architecture, une question s’impose : quand un État parle de “pression psychologique”, parle‑t‑il encore de politique ou déjà de coercition ?

Une phrase, un gouffre : “Nous allons recommencer à exercer les pressions psychologiques sur lui.”Cette phrase, prononcée par le lieutenant‑colonel Justin Danwé à Modeste Mopa, n’est pas une simple remarque. Elle est un aveu. Elle est un indice.

Elle est une clé. Elle suggère un avant. Elle annonce un après.

Elle révèle une méthode.

 Les mots des puissants sont rarement des maladresses : ils sont des actes politiques en devenir. Et le droit romain nous souffle : “Acta non verba” — ce sont les actes, non les mots, qui comptent. Mais ici, les mots sont déjà des actes.

La politique camerounaise comme théâtre d’ombres.

En croisant les éléments, une mécanique apparaît : un conflit Minfi–SGPR, une lutte de succession, des lignes budgétaires 94 et 65 devenues armes financières, un redressement fiscal utilisé comme levier, une pression médiatique orchestrée, et, au centre, un journaliste devenu malgré lui un instrument. La politique, ici, n’est plus un espace de débat.

Elle devient un champ de forces. Un lieu où les individus sont utilisés comme des vecteurs.

Martinez Zogo : le messager qui ne savait pas qu’il portait un message

Fin 2022, Martinez Zogo dénonce les marchés fictifs, les dettes fiscales, les lignes 94 et 65. Mais les documents qu’il utilise viennent de Modeste Mopa. Alors, une question s’impose : Martinez Zogo parlait‑il en journaliste ou en relais involontaire d’une stratégie de pression ?

journalisme et pouvoir Il croyait peut‑être combattre la corruption. Il participait peut‑être à une guerre de succession. Et dans cette confusion, il a été sacrifié.

La nuit du 22 janvier : quand le silence devient une arme

Le corps de Martinez Zogo est retrouvé. Mutilé. Abandonné.

Comme un message adressé à quelqu’un. Ou à tout le monde. Puis tout s’enchaîne : une commission mixte dont le périmètre est soigneusement limité, des auditions refusées, des zones d’enquête interdites, des questions sur la coupure d’internet restées sans réponse, et, cinq jours plus tard, Mopa exfiltré au FMI.

Et si la véritable question était ailleurs ?

  1. Mopa a‑t‑il été exfiltré ?

La nomination de Modeste Mopa au FMI, le 27 janvier 2023, cinq jours après la découverte du corps, interroge. Est‑ce une coïncidence administrative ?

Ou une opération de protection politique ?

  1. Comment a‑t‑il été recruté au FMI ? Le FMI recrute selon des procédures strictes.

Alors : Qui a proposé son nom ?Quel dossier a été présenté ?Quel rôle ont joué les réseaux diplomatiques camerounais ?Pourquoi cette nomination intervient‑elle précisément à ce moment‑là ?

  1. Que fait‑il exactement au FMI ? Quel poste occupe‑t‑il ?

Quelles responsabilités lui ont été confiées ? Pourquoi aucune communication claire n’a été faite sur ses missions ?

  1. L’enquête pourrait‑elle prendre une tournure internationale ?

Avec les relevés téléphoniques, les restrictions d’internet, les échanges transfrontaliers, les implications d’un fonctionnaire désormais au FMI, la question devient inévitable : l’affaire Zogo pourrait‑elle sortir du cadre camerounais ?

  1. Qui protège qui ? Si Mopa a été exfiltré, par qui ? Et pour protéger qui ? Le SGPR ? L’État ?
  2. Pourquoi les téléphones parlent‑ils plus que les hommes ?

Les relevés téléphoniques, les coupures d’internet, les SMS échangés par le commando :

tout cela dessine une cartographie du pouvoir.

Une cartographie que certains aimeraient peut‑être empêcher de devenir publique.

  1. Et si le FMI devenait malgré lui un acteur de l’affaire ? Car si un fonctionnaire impliqué dans une affaire criminelle est recruté par une institution internationale, la question de la diligence raisonnable se pose. Qui surveille qui ? Et pour le compte de qui ?Justin Danwé affirme surveiller le ministère des Finances. Mais pour qui ?

Pour l’État ? Ou pour un homme : Ferdinand Ngoh Ngoh, dont les ambitions présidentielles sont évoquées dans les conversations elles‑mêmes ?

Dans un État où les services se surveillent entre eux, où les clans s’espionnent, où les journalistes deviennent des armes, qui surveille encore l’État lui‑même ?

Philosophie d’une tragédie moderne

Cette affaire n’est pas seulement politique. Elle est philosophique. Elle interroge la nature du pouvoir. Elle interroge la place de la vérité dans un système où la vérité est une menace. Elle interroge la valeur de la vie humaine dans un espace où la vie peut devenir un message. Le droit romain nous rappelle : “Fiat justitia, ruat caelum.” Que justice soit faite, même si le ciel doit s’effondrer. Mais au Cameroun, la justice semble parfois craindre que le ciel tombe.

Alors ouvrons grand les portes : Oui, posons la question ultime :

Martinez Zogo a‑t‑il été sacrifié pour “faire pression psychologique” sur Amougou Belinga, ou pour rappeler à tous que, dans certaines républiques, la peur reste la langue la mieux comprise ? Et une autre question, plus dérangeante encore : si l’affaire devient internationale, combien de vérités devront encore être sacrifiées avant que la lumière ne perce ? Dans cette affaire, les morts parlent encore. Et leurs murmures interrogent la conscience d’un pays tout entier.

 

 

Modeste Mopa

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