Des atrocités en plein cœur du Mali : l’Africa Corps accusé de massacres de civils à Bombori

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Dans la région de Mopti, au centre du Mali, une opération menée par les forces de l’Africa Corps, sous le contrôle du gouvernement russe, a entraîné la mort sommaire de neuf civils, dont quatre enfants, et a laissé des dizaines d’autres blessés par des passages à tabac. Ces événements dramatiques se sont déroulés au début du mois de juillet 2026. Les combattants de l’Africa Corps sont également accusés d’avoir pillé et incendié au moins huit habitations, vraisemblablement dans le but de débusquer des individus liés aux groupes armés islamistes.

L’assaut de Bombori et ses conséquences tragiques

Le 10 juillet, aux alentours de 5 heures du matin, plus d’une centaine de combattants de l’Africa Corps, appuyés par plusieurs soldats maliens, ont pris d’assaut le village de Bombori, se déplaçant à bord de pick-up et de motos. Ils ont fait irruption dans les foyers du quartier peul, extirpant des habitants de leurs maisons pour rassembler au moins 80 hommes et garçons sous un arbre. Là, les captifs ont été brutalement battus et interrogés sur d’éventuels liens avec les groupes armés islamistes, sous la menace de mort s’ils dissimulaient des informations. Six civils ont été abattus alors qu’ils tentaient de s’échapper, tandis que trois autres ont été arrêtés puis exécutés, l’un d’entre eux ayant été décapité.

Cette tragédie met en lumière une réalité glaçante : la politique malienne actuelle semble accorder une latitude inquiétante aux forces russes de l’Africa Corps pour commettre de telles atrocités contre des civils. Les autorités maliennes ne peuvent ignorer leur responsabilité légale face à ces abus. Une enquête rapide et impartiale est impérative pour traduire en justice tous les responsables, y compris les militaires maliens impliqués.

Notre investigation, menée à distance entre le 19 et le 30 juillet, a recueilli les témoignages de 13 personnes, dont quatre témoins directs de l’attaque et neuf membres de la société civile ou chefs de communauté.

Un commandement russe et des exactions ciblées

Les récits des témoins concordent : les forces russes dirigeaient l’opération à Bombori, les quatre soldats maliens présents agissant principalement comme interprètes. « Les Russes étaient aux commandes… Ils étaient plus de 100, tous en tenues militaires et lourdement armés », a rapporté un villageois de 39 ans. Il a décrit un chef « Blanc [avec] deux talkies-walkies » qui tirait en l’air à chaque question. Un boucher de 57 ans a, quant à lui, observé « sept pick-up avec des mitrailleuses en dessus, et plus de 60 motos avec des drapeaux maliens ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM), lié à Al-Qaïda, contrôle Bombori depuis 2017 et dispose d’une base à proximité. Cependant, des témoins ont affirmé que ses combattants avaient quitté le village la veille de l’attaque.

Depuis 2012, les gouvernements maliens successifs luttent contre les groupes armés islamistes. Après les coups d’État de 2020 et 2021, la junte militaire a redéfini la politique malienne en expulsant les forces françaises et onusiennes, renforçant ainsi ses liens avec la Russie. Depuis 2021, la sécurité au Mali s’appuie sur l’aide du groupe Wagner, lié à la Russie. En juin 2025, le groupe Wagner a annoncé son retrait après avoir « accompli » sa mission, remplacé par l’Africa Corps, désormais sous le contrôle direct du Kremlin, mais composé en grande partie des mêmes effectifs, y compris d’anciens combattants et dirigeants de Wagner.

Depuis 2021, de nombreux rapports ont documenté des abus généralisés commis par l’armée malienne, le groupe Wagner et l’Africa Corps lors d’opérations de contre-insurrection à travers le pays, affectant gravement la Mali sécurité.

Témoignages poignants des survivants

Le 10 juillet, les forces de l’Africa Corps ont tiré sur des civils fuyant Bombori avant de détenir et de frapper hommes et garçons. « J’ai vu deux hommes tomber sous les balles », a raconté un homme de 40 ans, décrivant deux militaires blancs sur une moto tirant sur les victimes à terre. Un combattant russe l’a ensuite conduit vers un arbre où des dizaines d’hommes et de garçons étaient gardés sous la menace des armes. « Les combattants russes ont pointé leurs armes sur nous, fouillé nos poches, saisi tous nos téléphones et nous ont photographiés », a-t-il poursuivi. « Un [combattant] russe nous donnait des coups de pied, un autre nous frappait avec son arme, et j’ai reçu plusieurs coups dans le dos et la poitrine… alors que d’autres continuaient à amener des hommes qu’ils avaient arrêtés dans le village. »

Un autre homme de 39 ans, caché chez lui avec sa famille, a été violemment extirpé par trois combattants russes et poussé vers le point de rassemblement. « On était tous assis par terre, la tête baissée », a-t-il relaté. « Un combattant russe frappait tous ceux qui levaient les yeux, avec la crosse de son fusil. » L’interrogatoire, traduit par un soldat malien, était brutal : « Où sont les djihadistes ? Celui qui montre un combattant rentre chez lui, celui qui montre les caches d’armes aura une récompense. Si vous ne collaborez pas, on vous tue tous ! »

Des témoins ont vu les forces de l’Africa Corps emmener trois jeunes hommes du groupe de détenus. « Vers 9 heures du matin, ils ont emmené trois jeunes hommes… et les ont conduits vers la base du GSIM », a déclaré un homme de 38 ans. « Plus tard, on les retrouvera morts. » Les habitants ont précisé que ces trois hommes avaient parfois aidé le GSIM à collecter les « impôts » (zakat), mais n’étaient pas des combattants.

Le GSIM, responsable d’abus généralisés au Mali depuis 2017, contrôlait Bombori depuis neuf ans, collectant des « impôts », recrutant et entraînant des jeunes hommes et appliquant la charia. Le nombre de combattants islamistes dans le village avait augmenté après les attaques coordonnées d’avril et juillet menées par le GSIM et ses alliés. Cependant, le 10 juillet, les combattants du GSIM n’étaient pas à Bombori. « Les combattants du GSIM sont partis pendant la nuit, alors que tout le monde dormait », a raconté l’homme de 39 ans. « Ils ne nous protègent pas en cas d’attaque de l’armée. »

Un bilan macabre et des cibles ethniques

Lorsque l’Africa Corps a quitté Bombori vers 14 heures, les habitants ont découvert les corps de neuf personnes, dont cinq hommes âgés de 19 à 34 ans et quatre enfants âgés de 6 à 17 ans.

L’homme de 40 ans a décrit les corps des deux hommes abattus devant lui, présentant « de grosses plaies sanglantes ouvertes au niveau de la poitrine et du dos ». Concernant les trois hommes emmenés, il a indiqué que « l’un avait été décapité, sa tête exposée au milieu du village… les deux autres avaient été égorgés et ligotés, les mains derrière le dos ».

L’homme de 38 ans a expliqué avoir trouvé « les corps de deux enfants, tous deux âgés d’environ 6 ans, tués par balle à côté d’une maison incendiée » et deux autres corps « près de la route nationale [avec] des signes des balles à la tête et… couchés à plat ventre l’un à côté de l’autre ».

Le village de Bombori est divisé entre un quartier habité par l’ethnie Rimaïbé et un autre par les Peuls. Les forces de l’Africa Corps n’ont attaqué que le secteur des Peuls. « Je suis resté assis à la forge de mon frère, et je n’ai eu aucun problème », a constaté le boucher, un Rimaïbé. « Les assaillants ne sont pas entrés dans nos maisons, ni fouillé l’intérieur et personne n’a été arrêté ni tué chez nous. » Le GSIM a longtemps ciblé les Peuls pour le recrutement, et les gouvernements maliens ont souvent amalgamé la communauté peule avec les combattants islamistes, entraînant de graves abus contre cette population.

Les forces de l’Africa Corps ont également dérobé de l’argent et des bijoux, et ont incendié au moins huit maisons appartenant à des familles peules dont les fils, selon des témoins, étaient des combattants du GSIM. « Je voyais la fumée monter du quartier peul vers la mosquée », a indiqué l’homme de 57 ans. « C’est après que j’ai vu qu’ils [les assaillants] avaient brûlé huit huttes et ils avaient également détruit cinq greniers de céréales. »

Nos tentatives pour obtenir des éclaircissements auprès des autorités russes et maliennes, via des courriers adressés respectivement au ministre de la Défense russe et à Assimi Goïta, président et ministre de la Défense du Mali, les 4 et 5 août, sont restées sans réponse.

Toutes les parties impliquées dans le conflit armé au Mali sont tenues de respecter le droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et le droit de la guerre coutumier. Les attaques délibérées ou indiscriminées contre des civils ou des biens civils, ainsi que le meurtre, les traitements cruels et la torture de toute personne en détention, sont strictement interdits. Les individus qui commettent de graves violations du droit de la guerre avec une intention criminelle, ou qui sont impliqués par leur responsabilité de commandement, peuvent être poursuivis pour crimes de guerre.

Le massacre de Bombori est malheureusement emblématique des atrocités qui continuent de déchirer le Mali. Les villageois se retrouvent pris au piège entre un groupe armé islamiste et le gouvernement, soutenu par ses alliés russes, sans qu’aucun des belligérants ne semble respecter le droit international. Cette actualité Mali souligne l’urgence d’une meilleure protection des populations civiles et d’une véritable justice.

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