La RDC exige une gouvernance équitable des ressources naturelles
À l’ONU, la République démocratique du Congo a marqué un tournant dans sa diplomatie minière. Lors d’une réunion d’envergure dédiée aux minerais critiques, Kinshasa a défendu une vision radicalement nouvelle : transformer le rôle du pays dans la chaîne de valeur mondiale. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État en charge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a porté un discours sans concession, liant ressources naturelles, souveraineté et sécurité internationale.
Des richesses naturelles au service de la transition énergétique
Le message était clair : les pays producteurs comme la RDC ne peuvent plus se contenter d’exporter des matières brutes. « La vraie richesse ne réside pas dans l’extraction, mais dans la transformation », a-t-elle martelé devant les États membres. Elle a plaidé pour un partenariat gagnant-gagnant, où les investissements dans les infrastructures, les technologies et la formation permettraient à la RDC de devenir un acteur clé de l’industrie mondiale des batteries et des énergies renouvelables.
Son argumentaire s’appuyait sur une évidence : les minerais critiques (cobalt, coltan, cuivre, etc.) sont indispensables à la transition énergétique, mais leur exploitation reste déséquilibrée. La RDC, qui détient près de 70 % des réserves mondiales de cobalt, entend désormais capter une part plus grande de la valeur ajoutée générée par ces ressources.
Le Rwanda pointé du doigt pour son rôle dans l’exploitation illicite
L’intervention de la diplomatie congolaise a pris une dimension géopolitique avec l’accusation directe portée contre le Rwanda. S’appuyant sur les rapports du Groupe d’experts de l’ONU, Thérèse Kayikwamba Wagner a révélé des chiffres accablants : près de 1 400 tonnes de coltan auraient été frauduleusement exportées vers Kigali depuis la région de Rubaya, sous contrôle du M23. Ces transactions illicites généreraient jusqu’à 800 000 dollars par mois, alimentant directement les groupes armés et fragilisant la stabilité de l’Est de la RDC.
La ministre a dénoncé l’absence de sanctions internationales contre le Rwanda, malgré ces preuves, soulignant l’hypocrisie d’un système qui sanctionne les pays producteurs tout en fermant les yeux sur les réseaux de contrebande facilitant le financement des conflits.
Vers une réforme globale de la gouvernance minière internationale
Pour Kinshasa, la question des minerais critiques dépasse le cadre économique. Thérèse Kayikwamba Wagner a annoncé que la RDC, en sa qualité de présidente du Conseil de sécurité de l’ONU, portera un projet de réforme visant à lier étroitement exploitation des ressources, paix et développement. Son objectif : créer un cadre international où traçabilité, transparence et responsabilité s’imposeraient à tous les maillons de la chaîne, des producteurs aux consommateurs.
Elle a également insisté sur la nécessité de protéger les exploitations artisanales légales, souvent criminalisées par des réglementations mal adaptées, tout en luttant contre la fraude et le blanchiment liés aux minerais des conflits.
Une offensive diplomatique aux répercussions régionales
Cette prise de parole à l’ONU s’inscrit dans une stratégie plus large de la RDC pour repositionner le débat sur les minerais stratégiques. En liant souveraineté économique, sécurité régionale et justice internationale, Kinshasa cherche à faire pression sur ses partenaires tout en consolidant son leadership en Afrique centrale.
Le message est sans ambiguïté : la RDC ne sera plus un simple fournisseur de matières premières. Elle exige désormais une place centrale dans la gouvernance mondiale des ressources, au nom d’une transition énergétique juste et inclusive.