La capitale sierra-léonaise, Freetown, accueille aujourd’hui la 96e session ordinaire du Conseil des ministres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Aux côtés d’Adama Dosso, Ministre délégué à l’Intégration africaine et aux Ivoiriens de l’Extérieur, Nialé Kaba, Ministre d’État chargée des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, représente la Côte d’Ivoire lors de ce rendez-vous diplomatique majeur. Une délégation de haut niveau qui intervient à moins de 48 heures d’un sommet des chefs d’État déterminant.
Freetown, épicentre des discussions régionales
Depuis le 12 juillet, Freetown concentre l’activité diplomatique de la CEDEAO. Les sessions ministérielles, dont celle de ce jour, closent une semaine de travaux préparatoires avant le 69e sommet des chefs d’État et de gouvernement, prévu le 19 juillet à Lungi. Timothy Musa Kabba, Ministre des Affaires étrangères sierra-léonais et Président en exercice du Conseil des ministres de la CEDEAO, a réaffirmé avec force l’engagement de son pays en faveur de la paix, de la sécurité régionale et du renforcement des institutions démocratiques.
Dès l’ouverture des débats, Omar Alieu Touray, Président de la Commission de la CEDEAO, a insisté sur l’urgence de consolider la solidarité ouest-africaine. Face à des défis sécuritaires, politiques et humanitaires persistants, il a appelé à des actions collectives et coordonnées pour préserver la stabilité de la région.
L’agenda ivoirien : quatre priorités pour l’intégration régionale
La délégation de la Côte d’Ivoire aborde ces travaux avec un programme ambitieux. Selon les orientations du Ministère des Affaires étrangères, Abidjan met en avant quatre axes stratégiques : la consolidation de la paix, l’approfondissement de l’intégration économique, la digitalisation des services régionaux et la restitution des biens culturels africains. Ce dernier point, porté depuis plusieurs années par Abidjan, s’inscrit dans une dynamique plus large de réhabilitation du patrimoine culturel africain, également défendue au sein de l’UNESCO.
Une réunion conjointe entre le Conseil des ministres et le Conseil de médiation et de sécurité a également permis d’examiner le « Pacte pour l’avenir de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest ». Ce document vise à restaurer la confiance entre les populations et les institutions étatiques, une priorité après plusieurs années de crises politiques dans la sous-région.
Sécurité, force en attente et crise humanitaire : des enjeux majeurs
Les discussions en cours abordent des sujets critiques : la situation politique et sécuritaire en Afrique de l’Ouest, l’opérationnalisation de la Force en attente de la CEDEAO, la gestion des crises humanitaires et la mise en place de systèmes d’alerte précoce. Cette Force en attente, conçue pour permettre un déploiement rapide des troupes en cas de crise, peine depuis des années à devenir pleinement opérationnelle. Un retard devenu criant face à l’aggravation des conflits armés dans le Sahel. La question des déplacements massifs de populations fuyant les violences figure également parmi les urgences à traiter.
La CEDEAO à l’épreuve des bouleversements régionaux
La CEDEAO traverse une période de refondation complexe. Depuis 2021, l’organisation a été ébranlée par une série de coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces trois pays ont annoncé leur retrait définitif en 2024 pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), remettant en cause l’architecture traditionnelle de l’intégration régionale, fondée en 1975.
Dans ce contexte de fragmentation, la Côte d’Ivoire s’affirme comme un acteur clé de la stabilité. Première économie de l’UEMOA et quatrième puissance économique d’Afrique subsaharienne, Abidjan joue un rôle central dans le commerce et la finance sous-régionale. Le pays abrite également l’une des diasporas les plus importantes venues des États voisins, ce qui renforce son intérêt pour toute initiative d’intégration régionale. La présence de Nialé Kaba à Freetown illustre cette volonté de leadership assumé au sein de l’organisation.
Préparer le sommet de Lungi : un enjeu pour l’avenir de la CEDEAO
Le Conseil des ministres de ce jour a pour mission de finaliser les conclusions qui seront soumises aux chefs d’État lors du sommet de Lungi. Les résolutions adoptées ce 17 juillet serviront de cadre aux discussions entre les dirigeants de la région. Nialé Kaba et Adama Dosso repartent avec une feuille de route claire : façonner une intégration régionale que la Côte d’Ivoire entend promouvoir activement depuis l’intérieur de l’organisation.