Disparition inquiétante au Mali : le fils d’un opposant enlevé à son tour
Le climat politique au Mali se dégrade dangereusement après la double disparition de deux membres d’une même famille engagée dans l’opposition. Me Mountaga Tall, avocat et figure incontournable du mouvement contestataire, a été enlevé début mai, avant que son fils aîné, Cheick Mamadou Tall, ne disparaisse à son tour le 16 mai. Leurs avocats dénoncent des agissements illégaux dans un contexte déjà tendu entre les autorités militaires et les défenseurs des droits civiques.
Le 2 mai, Me Tall a été intercepté par des individus encagoulés, selon les témoignages recueillis par sa famille. Son enlèvement survient quelques jours seulement après des attaques djihadistes d’une rare violence, menées contre les forces militaires. Ces événements soulèvent des questions sur la sécurité au Mali et la capacité des autorités à protéger les citoyens, surtout ceux qui s’opposent au pouvoir en place.
Un opposant historique sous pression
Mountaga Tall n’est pas un inconnu dans le paysage politique malien. Ancien membre du mouvement M5, il a joué un rôle clé dans la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. Après avoir initialement soutenu la junte militaire, il s’est progressivement éloigné du régime, devenant l’un de ses détracteurs les plus virulents. Son engagement juridique récent contre les arrestations arbitraires et la dissolution des partis politiques a renforcé son opposition frontale aux nouvelles autorités.
Me Tall défend notamment plusieurs figures arrêtées pour tentative de déstabilisation des institutions, une qualification souvent utilisée par la junte pour justifier ses interpellations. Ses recours juridiques contre cette politique répressive illustrent la fracture croissante entre le pouvoir militaire et une partie de la société civile.
Appel à l’action des avocats
Dans un communiqué rendu public mardi, les quatre avocats de la famille Tall ont exprimé leur consternation face à cette nouvelle disparition. « Nous avons appris avec inquiétude que Cheick Mamadou Tall a été enlevé le 16 mai, quelques jours après l’enlèvement de son père », peut-on lire dans le texte. Le collectif exige des autorités judiciaires et administratives qu’elles agissent sans délai pour localiser les deux hommes et faire la lumière sur ces faits graves.
Cette affaire survient dans un contexte où les libertés individuelles sont de plus en plus restreintes au Mali. Les restrictions imposées par la junte, couplées à une insécurité grandissante, créent un climat de peur parmi les opposants et les défenseurs des droits humains. La disparition de Mountaga Tall et de son fils ajoute une nouvelle dimension à la crise politique qui secoue le pays depuis plusieurs mois.