En 2025, la République démocratique du Congo (RDC) se retrouve dans une situation budgétaire paradoxale : malgré une collecte fiscale en augmentation, le déficit budgétaire s’agrandit. Cette tendance, devenue récurrente, oblige Kinshasa à arbitrer entre relance économique, sécurité nationale et respect des engagements contractés auprès de ses partenaires internationaux.
Des recettes en progression, mais sous haute tension
Les administrations fiscales congolaises — Direction générale des impôts (DGI), Direction générale des douanes (DGDA) et Direction générale des recettes administratives (DGRAD) — ont renforcé leur performance ces derniers mois. Plusieurs leviers expliquent cette dynamique : élargissement de l’assiette fiscale, modernisation partielle des processus administratifs et lutte renforcée contre les fraudes, en particulier dans les zones minières du Katanga et du Kivu.
Les cours élevés du cuivre et du cobalt, dont la RDC est un acteur majeur sur le marché mondial, ont également boosté les recettes issues du secteur extractif. Toutefois, ces ressources, partiellement captées via la redevance minière instaurée en 2018, restent vulnérables aux fluctuations des prix et à la concurrence des alternatives technologiques dans le domaine des batteries.
Des dépenses incontrôlables : sécurité et salaires en tête
Côté dépenses, la situation est bien plus alarmante. Les dépenses militaires dans l’est du pays, où les Forces armées de la RDC (FARDC) affrontent les groupes armés et les offensives du M23 dans le Nord-Kivu, absorbent des budgets colossaux. L’état de siège, reconduit à plusieurs reprises depuis 2021, a encore alourdi la charge sécuritaire au-delà des prévisions initiales.
La masse salariale représente un autre défi. Les augmentations accordées aux enseignants, aux magistrats et à certains corps de la fonction publique, couplées aux embauches dans les secteurs de la défense et de la santé, ont gonflé ce poste de manière durable. Chaque accord social signé sous la pression des mouvements revendicatifs alimente une spirale difficile à maîtriser. À cela s’ajoutent les dépenses d’urgence liées aux inondations fréquentes et aux déplacements massifs de populations dans l’est du pays.
Les subventions, notamment celles destinées au secteur des hydrocarbures pour stabiliser les prix à la pompe, pèsent également sur les comptes publics. Parallèlement, les investissements publics, pourtant protégés par la loi-programme, subissent des coupes au profit des dépenses courantes, jugées prioritaires.
Un déficit en expansion : quelles conséquences ?
Le fossé entre la hausse des recettes et l’explosion des dépenses se traduit par un recours accru au financement monétaire et à l’emprunt sur le marché intérieur. Cette approche, déjà critiquée par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des revues du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit, fait grimper les taux d’intérêt locaux et fragilise le franc congolais. La Banque centrale du Congo (BCC) a d’ailleurs durci sa politique monétaire pour stabiliser la monnaie.
Autre conséquence directe : l’accumulation d’arriérés de paiement envers les fournisseurs de l’État, ce qui met en péril la trésorerie des PME locales. Plusieurs entreprises de BTP et de services dénoncent des délais de paiement insoutenables, sapant la confiance dans les marchés publics.
À court terme, le gouvernement congolais devra prouver sa capacité à maîtriser les exonérations fiscales, accélérer la dématérialisation des factures et limiter l’inflation salariale sans provoquer de nouvelles tensions sociales. La crédibilité des engagements macroéconomiques pris auprès des bailleurs — en particulier le FMI et la Banque mondiale — repose sur une gestion rigoureuse des finances publiques dans les prochains mois. Les écarts croissants entre les recettes perçues et les dépenses engagées rendent la situation budgétaire toujours plus complexe à gérer.