Depuis peu, plus de quarante professionnels des médias, issus tant du secteur public que privé au Burkina Faso, sont tenus de participer à une formation militaire annuelle imposée par les autorités. Présentée par la junte au pouvoir comme une immersion patriotique, cette initiative s’inscrit dans un contexte de lutte acharnée contre les groupes armés djihadistes qui minent le pays.
Cette mesure, inédite dans sa forme actuelle, rappelle celle appliquée en 2022 pour les nouveaux bacheliers, mais suscite une vive inquiétude parmi les défenseurs de la liberté de la presse. En effet, plusieurs journalistes burkinabè ont déjà été contraints de porter les armes sous la contrainte, tandis que les médias nationaux subissent une pression croissante des pouvoirs publics. L’affaire de Serge Oulon, toujours détenu deux ans après son enlèvement à Ouagadougou, illustre cette tension grandissante entre les médias et le gouvernement.
Une semaine d’initiation aux réalités des forces de sécurité
Organisée par le ministère de la Sécurité, cette formation de sept jours s’est tenue à l’Académie de police de Pabré, située à une vingtaine de kilomètres de la capitale. Les images diffusées par la télévision nationale montrent le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, vêtu d’un treillis et un fusil à la main, s’adresser aux participants. Aux questions du ministre : « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? », les journalistes présents ont répondu à l’unisson, au garde-à-vous : « Affirmatif ! »
Le haut responsable a poursuivi en déclarant : « Un journaliste professionnel et pas patriote est une menace. Un journaliste professionnel et patriote, mais pas engagé, est comme un spectateur passif dans un contexte où s’écrivent les plus belles pages de l’histoire de son pays. »
De son côté, le directeur général de l’Académie de police, Lassina Traoré, a justifié cette initiative en expliquant qu’elle vise à « imprégner [les journalistes] des réalités opérationnelles et des valeurs qui guident au quotidien les forces de défense et de sécurité ».
Une mesure qui divise la profession
Malgré les justifications officielles, cette immersion patriotique suscite de vives critiques au sein de la communauté des défenseurs de la liberté de la presse. « Les journalistes ne sont pas des militaires et ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre, habillés en uniforme militaire et armes à la main », a réagi Sadibou Marong, représentant de l’ONG Reporters sans frontières (RSF).
Cette formation, bien que présentée comme un gage de professionnalisme, interroge sur son impact réel sur l’indépendance des médias et la sécurité des journalistes dans un pays en proie à une insécurité persistante.