Forum africain de l’eau : entre promesses et réalités au Tchad
Depuis ce 15 juillet, la capitale tchadienne, N’Djamena, accueille le Forum africain de l’eau, un événement majeur placé sous le thème « De la vision à l’action ». Organisé conjointement avec le Groupe de la Banque mondiale, cette rencontre rassemble des chefs d’État, des experts et des partenaires financiers pour discuter des solutions visant à améliorer l’accès à l’eau potable sur le continent. Pourtant, sur le terrain, l’espoir des Tchadiens se heurte à un scepticisme bien ancré.
Des attentes concrètes pour des millions de Tchadiens
Le forum suscite une vive attente chez les habitants de N’Djamena et des régions éloignées. Pour Eliane, une mère de famille, cette rencontre pourrait enfin apporter des solutions tangibles : « En tant que Tchadienne, j’espère que ce forum permettra d’améliorer l’accès à une eau potable de qualité. La situation actuelle est préoccupante, et si ce genre d’événement peut changer la donne, je suis prête à y croire. »
L’objectif affiché est clair : transformer les engagements politiques en actions concrètes. En favorisant des partenariats entre États, bailleurs de fonds et acteurs privés, les organisateurs visent à accélérer la mise en place d’infrastructures hydrauliques durables.
Un scepticisme justifié par le passé
Pourtant, l’optimisme n’est pas partagé par tous. Richard, enseignant à N’Djamena, exprime un doute légitime : « Nous avons assisté à de nombreuses conférences et forums similaires, mais peu de résultats concrets ont suivi. Sans une réelle volonté politique, ce forum ne changera rien à la situation de l’eau au Tchad. »
Moussa, commerçant dans la capitale, partage ce sentiment : « L’argent dépensé pour organiser cet événement aurait pu financer des milliers de points d’eau. Trop souvent, ces rencontres se terminent par des déclarations sans suite. »
Ces témoignages reflètent un décalage persistant entre les ambitions affichées et les défis réels auxquels sont confrontés les Tchadiens, en particulier dans les zones rurales.
Des inégalités criantes dans l’accès à l’eau
Si les autorités tchadiennes revendiquent un taux national d’accès à l’eau potable de 63,5 %, cette moyenne masque une réalité bien plus contrastée. Dans des régions comme le Guéra, le Wadi Fira ou le Sila, seulement 10 à 21 % de la population disposent d’une source d’eau potable.
Beaucoup de familles continuent de s’approvisionner dans des points d’eau non traités, exposant les populations à des maladies hydriques et aggravant les problèmes de malnutrition. La situation sanitaire dans ces zones exige une réponse urgente et coordonnée.
Face à ces enjeux, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) insiste sur l’urgence d’investir dans les infrastructures hydrauliques et l’assainissement. « L’eau est un droit fondamental, indispensable à la paix, à la sécurité alimentaire et au développement humain. Les autorités doivent agir sans délai », déclare son président, Belngar Larmé Laguerre.
La CNDH appelle également les partenaires internationaux à renforcer leur soutien pour des solutions résilientes, adaptées aux défis climatiques actuels.
Une organisation qui interroge
Un autre aspect suscite des interrogations : l’organisation du forum a été confiée au ministère des Finances et de la Coopération internationale, plutôt qu’au ministère de l’Eau. Ce choix interroge sur la gouvernance des politiques publiques dans ce secteur.
Alors que des millions de Tchadiens attendent une amélioration durable de leur accès à l’eau potable, les prochains jours diront si ce forum marquera un tournant ou restera une occasion manquée.