Frappes aériennes sur le lac Tchad : des dizaines de pêcheurs nigérians portés disparus
Depuis le vendredi 9 mai, l’armée tchadienne mène des frappes aériennes ciblées sur plusieurs îlots du lac Tchad, situés en territoire nigérian. Ces opérations, présentées comme des ripostes à une attaque récente de Boko Haram contre des positions militaires tchadiennes, ont entraîné la disparition de dizaines de pêcheurs.
Le lac Tchad, partagé entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est depuis 2009 un foyer djihadiste majeur. Il abrite des combattants de Boko Haram ainsi que de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Les frappes tchadiennes visent des bases présumées de ces groupes armés, notamment sur des îles nigérianes proches de la frontière tchadienne.
Des frappes meurtrières pour les pêcheurs nigérians
Selon des témoins, dont des membres de groupes d’autodéfense antidjihadistes, les bombardements ont causé des pertes humaines parmi les pêcheurs. Ces derniers, autorisés à exercer leur activité par Boko Haram moyennant le paiement d’un «impôt», se trouvaient sur l’île de Shuwa, un bastion djihadiste et un important centre de pêche.
Un responsable du syndicat des pêcheurs du lac Tchad a révélé que 40 pêcheurs nigérians sont portés disparus, probablement morts noyés ou tués lors des frappes. Adamu Haladu, pêcheur originaire de Baga, a confirmé que la majorité des victimes provenaient de la ville de Doron Baga et de l’État de Taraba, au Nigeria.
«Ce n’est pas un secret que les pêcheurs nigérians paient un impôt à Boko Haram pour accéder à ces îles riches en poissons», a-t-il déclaré. L’armée tchadienne n’a, à ce jour, pas réagi officiellement à ces accusations.
Un précédent tragique en 2024
Cette situation rappelle un incident similaire survenu en octobre 2024. Lors d’une frappe aérienne de représailles contre Boko Haram sur l’île de Tilma, des dizaines de pêcheurs nigérians avaient été tués par erreur. L’armée tchadienne avait alors nié avoir ciblé des civils, malgré les témoignages accablants.
Ces erreurs répétées soulèvent des questions sur la précision des frappes et la protection des populations locales dans une zone déjà fortement touchée par l’insurrection djihadiste.
Le lac Tchad, zone de tensions et de conflits
L’insurrection de Boko Haram a causé plus de 40 000 morts et déplacé plus de 2 millions de personnes dans le nord-est du Nigeria, selon l’ONU. Le conflit s’est étendu aux pays voisins, notamment le Niger, le Cameroun et le Tchad.
En 2015, pour contrer la menace djihadiste autour du lac Tchad, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient relancé une force multinationale mixte, créée en 1994. Cependant, le retrait du Niger en 2025 a fragilisé cette coalition, mettant en péril les efforts de lutte contre les groupes armés dans la région.