Un souffle nouveau pour les relations Bénin-Niger
Les relations entre le Bénin et le Niger, mises à l’épreuve depuis plus de trois ans, semblent enfin tourner une page décisive. Après des années de tensions et de blocage frontalier, les deux pays ont engagé un dialogue constructif lors de rencontres bilatérales tenues à Cotonou ce week-end. Ces discussions, marquées par une volonté commune de dépasser les divergences, laissent entrevoir une réouverture prochaine de leur frontière commune.
Les échanges, conduits par le général de division Mohamed Toumba, ministre nigérien de l’Intérieur, ont permis d’aborder des sujets aussi variés que la coopération sécuritaire ou la fluidité des échanges commerciaux. Une avancée majeure qui pourrait redonner un élan économique aux deux nations.
Des accords concrets pour relancer la coopération
Lors de ces négociations, les deux délégations ont acté plusieurs mesures clés pour apaiser les tensions et rétablir une dynamique positive. Parmi les décisions prises :
- L’instauration d’une coopération renforcée en matière de sécurité aux frontières
- L’exonération des taxes sur le transit des marchandises
- La révision des charges douanières pour faciliter les échanges
- La mise en place d’un cadre pour résoudre les litiges commerciaux persistants
- L’interdiction de la consommation de certains produits non autorisés
Le général Mohamed Toumba a salué ces avancées en déclarant : « Nous avons ancré la priorité sécuritaire et posé les bases d’une normalisation économique et juridique. Le dialogue est notre meilleur outil pour créer de la valeur pour nos économies, de la sécurité pour nos populations et de l’espoir pour notre jeunesse. »
Du côté béninois, le ministre Oleshegun Adjadi Bakari s’est également félicité des résultats : « Après 48 heures de travail intensif, nous formons désormais une seule équipe avec un objectif commun : faire renaître l’harmonie séculaire qui unit nos deux peuples. »
Romuald Wadagni, artisan du rapprochement
Le réchauffement des relations entre le Bénin et le Niger trouve son origine dans le changement politique survenu au Bénin. Dès sa prise de fonction en avril dernier, le président Romuald Wadagni a engagé une démarche proactive en se rendant à Niamey dès le mois de juin. Cette visite historique a marqué le début d’un dégel diplomatique après des années de froid entre les deux pays.
Le communiqué conjoint publié à l’issue de cette rencontre entre le président béninois et son homologue nigérien, Abdourahmane Tiani, avait prévu la création d’une commission mixte chargée d’analyser les causes de la fermeture de la frontière en 2023. Les deux chefs d’État s’étaient alors engagés à lever tous les obstacles à une coopération renforcée.
Trois semaines seulement après cette visite, les deux gouvernements concrétisent aujourd’hui leurs engagements. Les transporteurs, premiers concernés par cette crise, expriment leur impatience : « Tous les chauffeurs béninois et nigériens attendent avec impatience le jour où la frontière rouvrira. Nous espérons que nos difficultés prendront enfin fin. »
Les racines d’une crise de trois ans
Le conflit qui a opposé le Bénin et le Niger depuis juillet 2023 plonge ses racines dans le coup d’État qui a renversé le président Mohamed Bazoum au Niger. Le nouveau régime militaire de Niamey a accusé l’ancien gouvernement béninois, dirigé par Patrice Talon, de vouloir organiser une intervention militaire avec le soutien de la CEDEAO pour rétablir l’ordre constitutionnel.
Les tensions se sont aggravées lorsque la junte nigérienne a dénoncé la présence de troupes françaises au Bénin, qu’elle accusait de préparer une invasion du Niger. Des allégations catégoriquement démenties par Cotonou et Paris. Par ailleurs, le Bénin a été pointé du doigt par Niamey pour avoir appliqué les sanctions de la CEDEAO contre le Niger en fermant sa frontière.
Les relations se sont encore détériorées avec des accusations mutuelles de soutien à des groupes armés et de tentatives de déstabilisation. Le coup d’État manqué contre le président béninois en décembre 2023 a achevé d’envenimer la situation.
Une crise aux conséquences économiques lourdes
La fermeture de la frontière a transformé l’un des axes commerciaux les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest en un véritable gouffre économique. Les populations des deux pays en paient le prix fort. À Cotonou, le port, principal accès maritime du Niger, a vu son activité s’effondrer. Les entrepôts autrefois pleins sont aujourd’hui déserts, et les chauffeurs routiers, comme Ibrahim Abou Koura, subissent de plein fouet les conséquences : « Ce sont les populations des deux pays qui souffrent. »
Le corridor Niger-Bénin, autrefois considéré comme le plus sûr et le plus rentable pour les transporteurs, est aujourd’hui paralysé. Les céréales et autres marchandises de première nécessité ne parviennent plus aux populations frontalières. Le Niger, pays enclavé, dépendait à 80% du port de Cotonou pour son commerce international. La crise a forcé Niamey à se tourner vers le port de Lomé au Togo, un détour coûteux et risqué en raison de la menace djihadiste au Burkina Faso.
Les pertes se chiffrent en milliards. Le secteur pétrolier n’est pas épargné : le Niger a dû suspendre ses exportations via l’oléoduc de 2 000 km reliant ses champs pétrolifères au port de Seme-Kpodji. Une décision qui a privé le Bénin de revenus importants liés au transit.
Les transporteurs nigériens, contraints de longer les zones à risque, voient leurs coûts opérationnels exploser. Gamatie Mahamadou, secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, résume la situation : « Ce corridor est vital pour nos économies. Sans lui, c’est toute une région qui s’asphyxie. »