Gabon : cap vers une économie minière locale pour une croissance durable

Libreville – Depuis des années, les pays riches en ressources naturelles peinent à transformer leurs sous-sols en leviers de développement local. Le Gabon, avec son sous-sol regorgeant de minerais, choisit désormais de renverser cette tendance. Sous l’impulsion de Zénaba Gninga Chaning, ministre de l’Entrepreneuriat, du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, le pays engage une révolution structurelle.
Les acteurs économiques nationaux, les institutions bancaires et les géants miniers comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog) et le groupe Eramet unissent leurs efforts pour faire du contenu local bien plus qu’une simple exigence réglementaire. L’objectif ? Convertir la rente minière en emplois qualifiés, en entreprises compétitives et en prospérité partagée.
L’enjeu n’est plus d’extraire davantage, mais de s’assurer qu’une part significative de la valeur générée profite aux Gabonais eux-mêmes.
Le Gabon tourne la page de l’économie extractive traditionnelle
Le modèle traditionnel, où les minerais quittent le pays sous forme brute pour être transformés à l’étranger, a montré ses limites. Le Gabon mise désormais sur le contenu local pour ancrer sa richesse minière dans une dynamique de développement durable. Chaque projet minier doit désormais servir de tremplin à l’émergence d’entreprises gabonaises innovantes, capables de rivaliser sur les marchés régionaux et internationaux.
Une journée de concertation a révélé les principaux freins à ce changement : l’accès limité au financement des PME, les lourdeurs administratives, les lacunes en matière de certification et le manque criant de compétences spécialisées. Les participants ont souligné l’urgence de simplifier les procédures et de renforcer les synergies entre secteur public, privé et centres de formation.
Vers un écosystème économique intégré
L’approche adoptée par le Gabon se distingue par son pragmatisme. Inspirée du Design Thinking, elle repose sur une co-construction des solutions avec les acteurs de terrain. Banques, institutions financières, entreprises et organismes de formation collaborent pour bâtir un écosystème où les PME gabonaises peuvent s’épanouir selon les standards internationaux.
Le capital humain s’impose comme le socle de cette stratégie. Formation professionnelle, transferts de compétences et professionnalisation des petites structures deviennent prioritaires. Sans ces infrastructures invisibles, aucune politique de contenu local ne peut aboutir.
Des résultats encourageants, mais un potentiel à exploiter
Les chiffres de la Comilog confirment la pertinence de cette orientation. Avec 780 fournisseurs locaux, dont 75 % de sociétés gabonaises, l’entreprise a réalisé plus de 37 % de ses achats sur place, injectant ainsi 56,8 milliards de francs CFA dans l’économie nationale. Ces partenariats ont permis la création de plus de 3 000 emplois directs.
Ces avancées, bien que significatives, restent insuffisantes face aux immenses possibilités du secteur. L’ambition est désormais d’amplifier cette dynamique : plus de richesse conservée localement, des PME plus solides, des milliers d’emplois supplémentaires et des partenariats durables entre acteurs publics et privés.
Un modèle pour l’avenir
Dans un contexte où les matières premières deviennent un enjeu géopolitique majeur, le Gabon se positionne comme un acteur visionnaire. La réussite ne se mesurera plus à l’aune de la quantité de minerais extraits, mais à la capacité à créer des entreprises, des technologies et une prospérité durable. Une transformation qui pourrait bien servir d’exemple pour d’autres nations africaines.