Le secteur minier gabonais enregistre une avancée majeure avec la signature d’un protocole d’accord entre Eramet et les autorités de Libreville. L’engagement phare ? Atteindre une capacité de transformation de 700 000 tonnes de manganèse sur place d’ici 2031. Une réunion historique, organisée à Paris sous l’égide du président de la Transition Brice Clotaire Oligui Nguema, marque la concrétisation d’un dialogue industriel longtemps bloqué.
Ce texte, bien que non contraignant, symbolise un revirement stratégique pour le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse. Jusqu’à présent, le pays exportait l’écrasante majorité de son minerai sous forme brute, laissant filer une partie substantielle de la valeur ajoutée. Avec ce nouvel accord, Libreville impose sa vision : industrialiser localement les ressources pour en maximiser les retombées économiques et sociales.
Une décennie pour révolutionner la filière manganèse
Les discussions, menées depuis des mois entre les équipes d’Eramet et les responsables gabonais, ont abouti à un compromis audacieux. Le groupe minier français, présent au Gabon depuis plus de soixante ans via sa filiale Comilog, s’engage désormais à développer des infrastructures capables de traiter des volumes colossaux. L’extension des unités métallurgiques existantes et la construction de nouvelles installations sont au cœur du projet, avec un calendrier précis : 2031 comme horizon.
Pour Eramet, dont une part importante des bénéfices provient des activités de Moanda (Haut-Ogooué), cet engagement représente bien plus qu’un simple contrat industriel. Il s’agit de répondre aux attentes croissantes des autorités gabonaises, qui exigent depuis l’été 2023 une valorisation accrue des ressources naturelles. Une pression qui s’inscrit dans une stratégie nationale plus large, visant à renforcer la souveraineté économique du pays.
Souveraineté minière : l’ambition affichée de Libreville
Le président gabonais a érigé la transformation locale des minerais en pilier de sa politique économique. Le manganèse, minerai clé pour l’industrie sidérurgique et les technologies de pointe, occupe une place centrale dans cette feuille de route. En industrialisant sa production, le Gabon vise trois objectifs simultanés : accroître ses revenus fiscaux, créer des emplois qualifiés et se positionner sur des segments à haute valeur ajoutée.
Le calendrier fixé à 2031 laisse à Eramet une fenêtre de manœuvre pour étaler ses investissements. Cependant, il impose aussi une contrainte temporelle claire : la Transition attend des résultats tangibles avant la fin de la décennie. Pour l’heure, aucun montant financier n’a été dévoilé, mais les discussions se poursuivent pour transformer ce protocole en un plan d’action concret, incluant des études de faisabilité et des décisions d’investissement définitives.
Cette signature survient dans un contexte diplomatique apaisé entre Libreville et Paris. Le déplacement du président gabonais en France a permis de renforcer les liens bilatéraux, un an après la normalisation progressive des relations post-coup d’État. La présence de Brice Clotaire Oligui Nguema lors de la cérémonie à l’Élysée donne à cet accord une dimension politique indéniable, bien au-delà de sa portée industrielle.
Un modèle à reproduire pour d’autres ressources stratégiques
Au-delà du manganèse, cet accord pourrait servir de référence pour d’autres négociations minières au Gabon. Les autorités locales pourraient s’en inspirer pour imposer des clauses de transformation locale à d’autres opérateurs, qu’il s’agisse du fer, des terres rares ou d’autres minerais stratégiques. La capacité du gouvernement à faire respecter le calendrier de 2031 constituera un test décisif pour sa doctrine de souveraineté minière.
Pour Eramet, cet engagement représente une opportunité de sécuriser ses permis d’exploitation et de garantir une visibilité à long terme sur ses activités au Gabon. Le groupe, confronté à des défis dans d’autres régions comme l’Argentine ou l’Indonésie, a tout intérêt à stabiliser son ancrage africain. La transformation locale du manganèse pourrait également améliorer son image auprès des investisseurs européens, de plus en plus sensibles aux critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).
Reste un défi de taille : l’énergie. Traiter 700 000 tonnes de minerai nécessite des volumes électriques considérables, dans un pays où les infrastructures énergétiques restent insuffisantes. Pour que l’échéance de 2031 ne reste pas un simple vœu pieux, le Gabon devra articuler sa stratégie industrielle avec un plan énergétique ambitieux. Une équation complexe, mais indispensable pour concrétiser cette révolution minière.