Gabon : le Parlement en première ligne pour évaluer l’action gouvernementale

Libreville, le mercredi 3 juin 2026 — Pour la première fois depuis le début de la 14ème législature, les députés gabonais ont transformé l’exercice traditionnel des questions orales au gouvernement en une tribune d’expression des défis nationaux. Cette séance parlementaire, bien plus qu’un simple rituel, a révélé les priorités d’un pays en pleine transformation institutionnelle et économique.
Réunis au Palais Léon Mba selon les dispositions constitutionnelles, les élus ont interpellé les membres du gouvernement sur près de vingt thématiques majeures. Ce débat survient à quelques jours du Congrès du Parlement prévu le 15 juin, au cours duquel le président Brice Clotaire Oligui Nguema présentera son bilan et ses orientations pour l’avenir du Gabon.
Une jeunesse gabonaise au cœur des débats
La question des addictions dans les établissements scolaires a dominé les échanges. Interrogé par l’honorable Huguette Tsono, sixième vice-présidente de l’Assemblée nationale, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a reconnu l’ampleur du problème tout en soulignant les dispositifs mis en place pour protéger les jeunes. Ce phénomène, qui dépasse le cadre éducatif, interroge directement l’avenir social et économique du pays, où les moins de 30 ans représentent plus de 60% de la population.
Le système éducatif a également été au centre des discussions. Face aux interrogations du député Dorland Chancely Olengué, la ministre d’État Camélia Ntoutoume-Leclercq a confirmé la poursuite des réformes éducatives conformément au calendrier gouvernemental. Une réponse qui illustre les attentes pressantes des familles, alors que les résultats durables nécessitent des investissements structurels.
Souveraineté économique : vers une industrialisation du Gabon
Le volet économique a occupé une place centrale lors de cette séance. L’interdiction progressive des importations de poulet de chair a suscité des échanges intenses. Pour le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, cette mesure s’inscrit dans une stratégie visant à développer une filière avicole nationale autonome, capable de répondre à la demande locale tout en générant des emplois. Une approche qui s’inscrit dans une logique plus large de réduction de la dépendance alimentaire.
Une ambition similaire anime le secteur minier. Le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a détaillé la réforme interdisant l’exportation de manganèse brut, une décision destinée à favoriser la transformation locale et à capter une plus grande valeur ajoutée sur le sol gabonais. Cette initiative s’aligne sur une tendance africaine croissante, où les pays cherchent à industrialiser leurs ressources naturelles plutôt que de se contenter de leur exportation brute.
Les urgences sociales au cœur des préoccupations
Les difficultés administratives ont également été pointées du doigt. Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a été interpellé sur les retards persistants dans la délivrance des cartes nationales d’identité et des passeports, un enjeu particulièrement sensible pour les populations des zones rurales.
Les questions liées à la protection sociale ont également émergé. La ministre des Affaires sociales, Armande Longo épouse Moulengui, a été confrontée aux inquiétudes des retraités, des assurés de la CNAMGS, des personnes en situation de handicap et des mères célibataires. Ces problématiques rappellent que la croissance économique doit s’accompagner d’améliorations tangibles dans le quotidien des citoyens.
Le Parlement retrouve son rôle de contre-pouvoir
Au-delà des réponses ministérielles, cette séance a marqué un tournant : le retour du Parlement comme espace de débat public. En donnant la parole aux représentants du peuple sur des sujets aussi variés que la sécurité alimentaire, l’industrialisation, l’éducation, la santé ou la gouvernance administrative, l’Assemblée nationale a réaffirmé son rôle de contrôle démocratique.
La clôture des travaux par le président de l’Assemblée nationale, Michel Régis Onanga Ndiaye, a ouvert la voie au prochain Congrès du Parlement, un rendez-vous politique clé pour évaluer l’avancement des réformes engagées depuis le début de la Transition. Cette première séance de questions orales de la 14ème législature apparaît ainsi comme un indicateur précieux des défis et des attentes qui traversent le Gabon contemporain.
Entre quête de souveraineté économique, modernisation de l’État et amélioration des conditions de vie, le gouvernement est désormais jugé non seulement sur ses ambitions, mais aussi sur sa capacité à concrétiser des résultats tangibles. C’est sur ce terrain que se jouera, dans les mois à venir, la crédibilité de l’action publique gabonaise.