Gaskindé : l’ombre persistante autour de l’attaque qui a changé le cours du Burkina Faso

Gaskindé : l’ombre persistante autour de l’attaque qui a changé le cours du Burkina Faso

Le 26 septembre 2022, le Burkina Faso a connu un tournant tragique et politique avec l’embuscade de Gaskindé, dans le nord du pays. Un convoi militaire se rendant à Djibo, encerclée par les groupes armés, a été pris pour cible par des assaillants affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda. Bilan : au moins 37 morts, dont 27 soldats, et des dizaines de blessés. Cet événement a marqué un tournant dans l’histoire récente du pays, tant sur le plan humain que politique.

Un drame aux répercussions politiques immédiates

L’attaque de Gaskindé a révélé d’importantes vulnérabilités dans le dispositif de sécurité burkinabè. Les questions soulevées étaient nombreuses : comment des assaillants ont-ils pu anticiper avec une telle précision l’itinéraire du convoi ? Quelles étaient les failles dans la protection de cette colonne ? Des fuites ou des complicités internes ont-elles joué un rôle ? Autant d’interrogations qui exigeaient une enquête approfondie et transparente.

Pourtant, ces investigations n’ont jamais abouti à des conclusions publiques. Quatre jours après le drame, le capitaine Ibrahim Traoré renversait le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba lors d’un coup d’État. Ce renversement, justifié par l’incapacité du régime à sécuriser le pays, a laissé en suspens les réponses attendues sur l’embuscade de Gaskindé.

Un mystère institutionnel qui alimente les doutes

Dans un État de droit, une attaque d’une telle ampleur aurait normalement donné lieu à une enquête indépendante, à un rapport détaillé et à l’identification des responsabilités. Or, à ce jour, aucune communication officielle n’a permis de lever les zones d’ombre entourant cette tragédie. Trois éléments persistent pour alimenter les interrogations :

  • L’absence de bilan public : aucune information officielle n’a été divulguée sur les résultats des enquêtes internes.
  • L’absence de sanctions : aucune poursuite n’a été rendue publique contre d’éventuels responsables militaires ou civils impliqués.
  • Un manque cruel de transparence pour les familles des victimes, privées de réponses sur les circonstances exactes de la perte de leurs proches.

Ce silence nourrit les spéculations et érode la confiance entre les citoyens et les institutions, particulièrement au sein de l’armée.

Un paradoxe politique qui interroge

Le coup d’État de septembre 2022 a été présenté comme une réponse à l’incapacité du régime Damiba à juguler la crise sécuritaire. Pourtant, une question persiste : pourquoi le nouveau pouvoir, une fois installé, n’a-t-il pas saisi l’opportunité de faire toute la lumière sur Gaskindé ?

Si l’objectif était de rompre avec les pratiques du passé, une telle initiative aurait pu contribuer à restaurer la confiance des Burkinabè. Or, l’absence de clarification transforme ce drame en une énigme politique, alors qu’il avait servi de justification au changement de régime.

La transparence, un impératif pour toute gouvernance

Une autorité qui se veut légitime doit aller au-delà des critiques adressées à ses prédécesseurs. Elle doit aussi assumer ses propres obligations, notamment en matière de transparence. Ne pas communiquer clairement sur les résultats des enquêtes concernant Gaskindé expose le pouvoir actuel à une critique récurrente : celle de dénoncer les manquements des anciens dirigeants sans appliquer les mêmes exigences à sa propre gestion.

Cette situation alimente un climat de suspicion qui, à terme, fragilise la crédibilité des institutions et la cohésion nationale.

Les failles internes, un terrain fertile pour les groupes armés

L’expérience des conflits asymétriques montre que les groupes terroristes exploitent souvent les dysfonctionnements internes : renseignement défaillant, corruption, infiltrations ou rivalités entre services. Réduire la crise sécuritaire burkinabè à la seule menace exterieure reviendrait à ignorer les causes profondes de l’instabilité.

Une embuscade d’une telle ampleur, impliquant un convoi militaire, soulève inévitablement la question des responsabilités internes. La lutte contre le terrorisme ne peut se contenter de victoires militaires sur le terrain ; elle doit aussi inclure une remise en question des faiblesses structurelles de l’armée et des institutions.

Un devoir de vérité pour l’avenir du Burkina Faso

Près de quatre ans après les faits, l’affaire Gaskindé reste un sujet sensible, voire un symbole des défis auxquels le pays est confronté. Les familles des victimes, les soldats en première ligne et l’ensemble des citoyens méritent des réponses claires sur les circonstances de cette attaque.

Au-delà des considérations politiques, il s’agit d’une question de justice, de mémoire collective et de responsabilité publique. Aucune nation ne peut bâtir son avenir sur des zones d’ombre. Les événements de Gaskindé continueront d’interroger tant que les faits ne seront pas établis par une enquête rigoureuse, indépendante et transparente.

Le Burkina Faso ne pourra tourner définitivement cette page que lorsque les réponses attendues depuis septembre 2022 auront été apportées. C’est à cette condition que les familles obtiendront justice et que les institutions retrouveront une légitimité indispensable à leur mission.

Retour en haut