Umaro Sissoco Embaló sera candidat à la présidentielle du 6 décembre 2026 en Guinée-Bissau. L’ancien président, renversé par un coup d’État militaire le 26 novembre 2025, a confirmé son intention de revenir dans le pays dès le 4 octobre. Il devra toutefois composer avec une Constitution révisée qui impose cinq ans de résidence continue et une caution de 50 millions de francs CFA.
Un putsch intervenu en plein processus électoral
Le 26 novembre 2025, trois jours après un scrutin présidentiel et législatif contesté, des militaires prennent le contrôle des institutions. Embaló, alors candidat à sa propre succession, et son principal adversaire Fernando Dias revendiquaient tous deux la victoire. La Commission électorale devait publier les premiers résultats provisoires le lendemain. Elle ne le fera jamais.
Arrêté, Embaló est écarté du pouvoir. Le général Horta N’Tam, chef d’état-major et proche allié de l’ancien président, est installé à la tête de la transition. La junte justifie son intervention par la nécessité de préserver la sécurité nationale et de prévenir un projet de déstabilisation impliquant, selon elle, des acteurs liés au trafic de drogue. Aucun élément public n’a permis d’établir cette accusation de manière indépendante.
Le coup d’État anéantit le processus électoral. Procès-verbaux, ordinateurs et serveurs contenant les données du scrutin sont saisis ou détruits. Le résultat de la présidentielle de novembre 2025 demeure à ce jour inconnu. Cette absence de données officielles alimente les controverses, certains adversaires d’Embaló l’accusant d’avoir facilité le putsch pour empêcher la publication de résultats défavorables. L’hypothèse, évoquée par plusieurs observateurs, n’a jamais été établie.
Dix mois de transformations institutionnelles
En dix mois, le paysage politique bissau-guinéen a été profondément remodelé. Le 30 août 2026, la junte organise un référendum constitutionnel. Selon les résultats provisoires, environ 70 % des suffrages exprimés approuvent une nouvelle Constitution qui renforce considérablement les prérogatives présidentielles : nomination et révocation du Premier ministre et de son gouvernement, dissolution du Parlement dans certaines circonstances.
L’opposition, notamment le PAIGC, avait appelé au boycott, dénonçant un processus organisé sous contrôle militaire. Le texte introduit deux dispositions susceptibles de peser directement sur la candidature d’Embaló : l’obligation de résider de manière continue dans le pays pendant les cinq années précédant l’élection, et une caution de 50 millions de francs CFA. Exilé depuis son renversement, l’ancien président devra démontrer qu’il satisfait à ces conditions pour concourir.
Des atouts réels, une image dégradée
La question n’est plus de savoir si Embaló rentrera, mais s’il peut transformer ce retour en victoire. Plusieurs facteurs jouent en sens opposés.
D’un côté, l’ancien chef de l’État conserve des relais politiques significatifs. Son parti, le Madem G15, reste actif. Plusieurs personnalités de son entourage ont occupé des responsabilités durant la transition. Le pouvoir militaire lui-même est dirigé par un ancien proche, quand bien même la junte affirme conduire une transition indépendante.
De l’autre, son bilan est vivement contesté. Ses adversaires lui reprochent d’avoir affaibli les institutions démocratiques et gouverné dans une tension permanente avec le Parlement et l’opposition. Le pays avait déjà traversé plusieurs crises politico-militaires avant le coup de 2025.
Un indicateur essentiel manque toutefois : le résultat de la présidentielle de novembre 2025. Aucune donnée officielle n’ayant été publiée, il est impossible d’affirmer qu’Embaló disposait d’une majorité ou, à l’inverse, qu’il s’acheminait vers une défaite. Les revendications contradictoires de victoire formulées à l’époque par Embaló et Fernando Dias ne constituent pas une mesure électorale fiable.
Les variables d’un scrutin à haut risque
La réussite du retour annoncé dépendra de plusieurs paramètres : l’éligibilité d’Embaló au regard des nouvelles règles constitutionnelles, l’organisation effective du scrutin, la capacité de l’opposition à se réorganiser et l’attitude de l’armée.
Le 6 décembre pourrait marquer un tournant décisif pour la Guinée-Bissau. Mais avant de savoir si Umaro Sissoco Embaló peut reconquérir la présidence, une question plus fondamentale demeure : le pays parviendra-t-il cette fois à organiser une élection dont les résultats seront effectivement publiés et reconnus par l’ensemble des acteurs politiques ? Après plusieurs décennies de coups d’État, de crises institutionnelles et de scrutins contestés, c’est probablement là que se jouera la véritable portée du scrutin de décembre.