Le JNIM, un acteur majeur face aux enjeux de sécurité au Sahel et au-delà
Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, s’impose depuis 2017 comme une force incontournable dans l’espace sahélien. Ce groupe armé, né de la fusion de plusieurs factions, étend désormais son influence bien au-delà des frontières traditionnelles du Sahel central, posant un défi majeur aux États de la région, notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso.
Son expansion progressive vers le sud du Sahel, en direction du Golfe de Guinée, soulève des questions cruciales sur ses stratégies et ses motivations. Le JNIM a multiplié les attaques dans le nord du Bénin, du Togo et de la Côte d’Ivoire ces dernières années, marquant ainsi une évolution notable de ses opérations. Pourtant, cette progression territoriale ne suit pas une logique linéaire : certains pays comme le Ghana restent relativement épargnés, tandis que d’autres, comme le Bénin, subissent une dégradation marquée de la situation sécuritaire en 2025.
Une expansion stratégique ou un dilemme pour le JNIM ?
Selon un récent rapport de Crisis Group, l’expansion territoriale du JNIM ne relève pas d’une simple stratégie opportuniste, mais s’inscrit dans une réflexion complexe et parfois contradictoire au sein même de l’organisation. Plusieurs facteurs entrent en jeu :
- Risque de dilution des ressources : une expansion trop rapide pourrait affaiblir le groupe en dispersant ses moyens humains et logistiques sur des fronts multiples.
- Menace de fragmentation interne : des désaccords entre les différents niveaux décisionnels du JNIM pourraient fragiliser sa cohésion.
- Concurrence avec d’autres groupes armés : ne pas s’étendre pourrait laisser le champ libre à des rivaux pour capter des soutiens ou des territoires.
Cette dynamique révèle les tensions internes au sein du JNIM, où les priorités stratégiques ne sont pas toujours alignées. Le rapport souligne que cette expansion, loin d’être une évidence, constitue un véritable dilemme pour l’organisation.
Les défis géopolitiques pour les États de la région
L’expansion du JNIM survient dans un contexte géopolitique particulièrement tendu en Afrique de l’Ouest. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et sa rupture avec la CEDEAO ont redessiné les alliances régionales, tandis que les tensions persistent entre les différents acteurs. Dans ce paysage complexe, comprendre les logiques internes du JNIM devient essentiel pour élaborer des politiques de sécurité adaptées et efficaces.
Les pays du Golfe de Guinée, en première ligne face à cette menace, doivent désormais intégrer cette nouvelle donne dans leurs stratégies de défense et de prévention. La lutte contre le jihadisme armé nécessite une approche globale, combinant actions militaires, développement socio-économique et coopération régionale renforcée.
Analyser le JNIM pour mieux anticiper ses mouvements
Pour mieux cerner les enjeux liés à l’expansion du JNIM, plusieurs experts en sécurité et en radicalisation proposent leur analyse lors d’une séance dédiée. Parmi eux :
- Jean-Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel de l’International Crisis Group, spécialiste des questions politiques et sécuritaires au Sahel.
- Marte Beldé, chercheuse postdoctorale à Sciences Po Bordeaux, dont les travaux portent sur l’économie politique et l’expansion spatiale des mouvements jihadistes en Afrique de l’Ouest.
- Beatriz de León Cobo, doctorante au GEMASS – Sorbonne Université, experte en radicalisation et Associate Fellow du Royal United Service Institute (RUSI).
Cette séance permet d’explorer les mécanismes internes du JNIM et d’en tirer des enseignements pour les politiques de sécurité en Afrique de l’Ouest.
Image : Représentation des dynamiques sécuritaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest