La CEDEAO face à l’AES : une stratégie unie pour défendre la souveraineté régionale

La CEDEAO impose une réponse coordonnée face à l’Alliance des États du Sahel

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a adopté une posture diplomatique ferme à l’égard de l’Alliance des États du Sahel (AES). Lors du dernier sommet célébré à Lungi, en Sierra Leone, les dirigeants ouest-africains ont acté une règle immuable : plus aucun pays membre ne pourra désormais mener de négociations individuelles avec le Mali, le Burkina Faso ou le Niger sur les sujets stratégiques. Cette mesure s’inscrit dans un contexte marqué par le retrait officiel des trois nations sahéliennes en janvier 2025, mettant en péril la stabilité d’une zone déjà éprouvée.

Cette décision reflète une préoccupation majeure à Abuja. Depuis la création de l’AES en tant que confédération, plusieurs États de la région ont été tentés par des arrangements bilatéraux avec leurs voisins sahéliens, notamment sur des enjeux comme la libre circulation, la sécurité régionale ou encore les échanges commerciaux. En verrouillant le processus, la CEDEAO cherche à éviter que la solidarité affichée ne se fragilise sous la pression des intérêts nationaux à court terme.

Une stratégie collective pour renforcer l’influence régionale

Cette approche unifiée repose sur une logique de puissance négociatrice. Face à une AES qui construit son identité sur la remise en cause de l’autorité régionale et la promotion de la souveraineté nationale, la CEDEAO mise sur l’union de ses membres restants pour sauvegarder ses acquis. Parmi les dossiers les plus critiques figurent le tarif extérieur commun, la libre circulation des personnes et les régimes préférentiels d’échanges, dont l’érosion menace près de cinquante ans d’intégration ouest-africaine.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques. En interdisant toute négociation bilatérale, l’organisation s’expose à des impasses prolongées si un consensus interne s’avère impossible. Les États côtiers, en particulier le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo, entretiennent des liens économiques et humains étroits avec les capitales sahéliennes. Leurs réseaux logistiques alimentent des économies enclavées, dont la stabilité conditionne également la leur.

Une Alliance des États du Sahel en quête d’autonomie

De leur côté, l’Alliance des États du Sahel poursuit la construction d’une architecture institutionnelle autonome. L’adoption d’un passeport confédéral, la proposition d’une monnaie commune et l’annonce d’une force conjointe de 5 000 soldats pour lutter contre les groupes jihadistes témoignent de la volonté de Bamako, Ouagadougou et Niamey de forger un bloc alternatif crédible. Le renforcement des partenariats avec la Russie, la Turquie ou l’Iran s’inscrit dans cette dynamique de recomposition géopolitique qui redessine la carte des équilibres ouest-africains.

Dans ce jeu de pouvoir, la position de la CEDEAO oscille entre fermeté et ouverture. Les chefs d’État réunis à Lungi ont réaffirmé leur volonté de maintenir un dialogue structuré avec l’AES, notamment sur des enjeux cruciaux pour les populations comme la mobilité transfrontalière ou les échanges commerciaux. Toutefois, ils insistent pour que ce dialogue s’inscrive dans le cadre des règles définies par la CEDEAO, et non sous la pression des exigences sahéliennes.

Les défis concrets à résoudre

Plusieurs dossiers techniques restent en suspens et nécessitent une résolution urgente. Parmi eux, la situation des ressortissants sahéliens installés au sein de l’espace CEDEAO, les règles douanières applicables aux produits en provenance de l’AES, la gestion des infrastructures partagées comme l’Autorité du bassin du Niger, ou encore la reconnaissance mutuelle des diplômes. L’absence d’accords sur ces points pourrait rapidement pénaliser les acteurs économiques et les citoyens des deux blocs.

Le calendrier des négociations n’a pas été rendu public à l’issue du sommet. Une commission technique devrait être désignée pour préparer les bases des futurs échanges avec Bamako, Ouagadougou et Niamey. La présidence en exercice, assurée par la Sierra Leone, aura pour mission de porter cette position commune auprès des autorités sahéliennes.

Une équation politique complexe se profile. Plusieurs États membres, dont le Sénégal dirigé par Bassirou Diomaye Faye, ont récemment défendu une approche plus conciliante envers l’AES, estimant que l’isolement des régimes sahéliens serait contre-productif. La discipline collective décidée à Lungi devra donc faire ses preuves face à ces divergences internes, sous peine de rester sans effet concret.

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