- Économie
La France a récemment exprimé son soutien indéfectible à l’initiative de la République démocratique du Congo (RDC) au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette démarche vise à placer la gouvernance des ressources naturelles au centre des discussions internationales, tout en examinant les failles du cadre juridique mondial face aux « économies de guerre ». L’objectif est clair : forger un système plus robuste pour la gestion des richesses minérales, les transformant en catalyseur de paix, un moteur pour la transition énergétique, un accélérateur de la transformation numérique, et un pilier de la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Au cours d’une réunion en formule Arria, tenue le 13 juillet 2026 à New York et initiée par Kinshasa, Jérôme Bonnafont, ambassadeur et représentant permanent de la France auprès de l’ONU, a souligné l’importance cruciale des ressources naturelles pour la paix et la sécurité internationales. Il a affirmé que la lutte pour le contrôle de ces richesses est un facteur prépondérant dans les conflits actuels, alimentant non seulement l’instabilité mais aussi le financement de groupes armés et de réseaux d’exploitation illégale.
« Ce sujet est fondamental, et la présidence congolaise du Conseil de sécurité l’a judicieusement placé au cœur de nos débats : le lien intrinsèque entre les ressources naturelles et la paix, un élément central dans de multiples conflits et crises. C’est pourquoi le Conseil a intensifié son examen de cette problématique, notamment lors d’une session sous présidence américaine en mars dernier, et d’une autre réunion en formule Arria organisée par la Sierra Leone il y a un an. Il est indéniable que la concurrence pour l’accès aux ressources naturelles est à la fois un catalyseur de conflits et d’instabilité, mais aussi une source de financement pour une multitude d’acteurs, qu’ils soient locaux ou internationaux, engagés dans leur exploitation illicite », a-t-il déclaré avec force.
L’ambassadeur Bonnafont a mis un accent particulier sur le continent africain, où, selon ses observations, les immenses richesses naturelles sont continuellement pillées, enrichissant des groupes armés et des intérêts étrangers.
« Ce phénomène est particulièrement observable en Afrique, un continent dont les ressources sont la cible de pillages par ces mêmes acteurs, qui les exploitent pour financer leurs opérations ou les détournent au profit de puissances extérieures. Cette captation illégale des ressources exacerbe les conflits, entretient la violence et prolonge les souffrances des populations. Le Soudan en est un exemple frappant, où la persistance du conflit est directement liée au pillage de l’or et de la gomme arabique, comme l’attestent les rapports d’experts », a-t-il précisé.
Abordant ensuite la situation critique dans l’Est de la RDC, le représentant français a explicitement pointé du doigt le mouvement M23 pour son implication dans l’exploitation des ressources minières. Il a rappelé que les citoyens congolais endurent depuis de nombreuses années les répercussions dévastatrices de cette extraction illégale.
« La situation est similaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, où le M23 contrôle une part significative, entre 15 % et 30 %, de la production mondiale de coltan, notamment via le site de Rubaya. Cette mainmise finance directement son administration illégitime, constituant une grave violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC. Les populations congolaises subissent, depuis bien trop longtemps, les conséquences de ces prédations sur leurs ressources minières, orchestrées par des acteurs externes et des groupes armés », a-t-il souligné.
La France a également réitéré son appel urgent au respect intégral de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies. Jérôme Bonnafont a fermement insisté sur l’impératif de cesser immédiatement les hostilités, d’assurer le retrait des Forces de défense rwandaises du territoire congolais, de mettre un terme définitif au soutien rwandais au M23 et de poursuivre activement la neutralisation des FDLR.
Il a par ailleurs rappelé que cette résolution exhorte à intensifier la lutte contre l’exploitation illicite des ressources naturelles, notamment par l’activation de mécanismes internationaux de transparence et de traçabilité des minerais.
« La France exhorte une fois de plus toutes les parties à se conformer à la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui impose la cessation immédiate des combats, le retrait effectif des Forces de défense rwandaises du sol congolais, l’arrêt du soutien rwandais au M23, et la neutralisation complète des FDLR par la République démocratique du Congo. Cette résolution, je le souligne, appelle également à redoubler d’efforts pour combattre l’exploitation illicite des ressources naturelles, en particulier en renforçant les dispositifs de transparence et de traçabilité des minerais exportés », a martelé le diplomate français.
« Le Conseil doit pleinement exploiter les instruments à sa disposition face aux conflits exacerbés par les trafics illicites de ressources naturelles. Plusieurs groupes d’experts réalisent un travail inestimable en documentant ces mécanismes et leur rôle dans le financement d’activités déstabilisatrices, notamment au Soudan, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine. Les régimes de sanctions doivent être activés systématiquement pour briser le lien pernicieux entre le pillage des ressources et le financement des belligérants », a-t-il conclu.
La République démocratique du Congo continue de mener ses activités dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité. Cette session dédiée aux ressources naturelles s’inscrit dans la lignée d’un précédent briefing du Conseil, tenu le 8 juillet sous la direction de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, et axé sur les violences sexuelles en zones de conflit. Cette série diplomatique reflète les priorités établies par la présidence congolaise. Le briefing antérieur avait notamment mis en lumière le lourd tribut humain des économies de guerre, soulignant l’urgence de renforcer la prévention, la protection des victimes, la lutte contre l’impunité et les dispositifs de réparation.
Ces démarches s’inscrivent dans un contexte géopolitique complexe, marqué par un partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis concernant les minerais critiques, et par l’accord de Washington entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoyait des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais, et la neutralisation des groupes armés actifs dans l’Est de la RDC, en particulier les FDLR, perçues par Kigali comme une menace sécuritaire. Malgré ces accords diplomatiques, initialement bien accueillis, la situation sécuritaire sur le terrain demeure précaire. De même, le processus de Doha, orchestré par le Qatar pour favoriser le dialogue entre Kinshasa et la rébellion AFC/M23, piétine.
Les rebelles de l’AFC/M23, dont Kinshasa, l’ONU et de nombreux partenaires internationaux affirment qu’ils bénéficient du soutien du Rwanda, maintiennent leur contrôle sur des villes stratégiques comme Goma et Bukavu, ainsi que sur diverses localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les combats persistent dans plusieurs régions, et les initiatives diplomatiques peinent à concrétiser des avancées significatives et durables. Cette dissonance constante entre les annonces diplomatiques et la réalité du terrain continue d’alimenter un débat crucial.