L’AES, un projet souverainiste en lambeaux face à la réalité des armes
Depuis deux ans, l’Alliance des États du Sahel (AES) se présente comme l’étendard d’une nouvelle ère de souveraineté pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Pourtant, derrière les discours enflammés et les déclarations de rupture avec l’Occident, le constat est implacable : le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) dicte désormais la loi sur le terrain. Aucune force, ni militaire ni politique, ne parvient à endiguer son avancée méthodique et ses offensives synchronisées.
Les juntes au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey, malgré leurs moyens théoriquement renforcés par une coopération accrue, peinent à aligner une réponse cohérente. Le JNIM, lui, frappe avec une précision redoutable, s’infiltre dans les zones les plus stratégiques et sème le chaos là où les armées nationales, pourtant mieux équipées, reculent. L’harmonisation des renseignements et l’alliance avec Moscou n’ont en rien freiné cette dynamique.
Le mirage russe : entre mercenaires et endoctrinement des jeunes
Pour pallier leur incapacité à sécuriser leurs territoires, les dirigeants de l’AES se sont tournés vers la Russie. Mais ce rapprochement dépasse désormais le simple cadre opérationnel. L’annonce de l’introduction du russe dans les programmes scolaires burkinabè dès la rentrée prochaine marque un virage idéologique inquiétant. Présenté comme un acte de libération culturelle, ce choix s’inscrit en réalité dans une stratégie plus large : celle d’une intégration progressive des nouvelles générations dans l’influence de Moscou.
Les risques sont multiples. En formant dès l’école des enfants burkinabè à la langue russe, les autorités préparent le terrain pour un recrutement futur sous couvert d’opportunités éducatives ou professionnelles. Ces jeunes pourraient se retrouver envoyés en Russie, où leur destin serait lié aux intérêts géopolitiques de leur nouveau partenaire. Dans un contexte de tensions internationales, la perspective de voir des Sahéliens devenir des pions ou des « boucliers humains » dans des conflits étrangers n’est malheureusement pas une hypothèse farfelue.
L’isolement des juntes et l’avancée inexorable des groupes armés
Pendant que les régimes de l’AES s’enferment dans une propagande stérile et des postures politiques, le JNIM gagne du terrain. Au Mali, l’épisode récent où le président de la transition, Assimi Goïta, a disparu de la scène publique après une attaque meurtrière à Bamako illustre l’étendue du problème. Les dirigeants, paralysés par leurs propres contradictions, se retrouvent isolés face à une menace qui ne cesse de grandir.
Les communiqués officiels célèbrent désormais avec emphase des succès mineurs, comme la reprise symbolique d’un village ou une riposte défensive, preuve ultime de leur impuissance. Deux ans après la création de l’AES, force est de constater que le projet de souveraineté s’est transformé en un échec cuisant. Les juntes ont échangé une dépendance pour une autre, troquant l’Occident contre la Russie, sans pour autant offrir à leur population une sécurité durable ou une perspective d’avenir.
Le Sahel n’a pas conquis sa liberté. Il a simplement changé de maître, au prix d’un avenir incertain pour ses citoyens.