Le destin politique de Laurent Gbagbo continue de s’écrire en lettres capitales. À l’aube des années 2020, alors que son nom était écarté des listes électorales ivoiriennes, l’ancien président a vu son retour sur le devant de la scène se confirmer lors du premier congrès ordinaire du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), les 14 et 15 mai derniers. Malgré les pressions et les divisions internes, le leader historique a été reconduit à la tête du parti qui porte son héritage.
Cette réélection symbolique intervient dans un contexte où le PPA-CI reste absent des scrutins majeurs, y compris la présidentielle et les législatives de 2025. Pourtant, l’enthousiasme des congressistes, rassemblés au Palais de la culture de Treichville, a créé une impression d’unité apparente. Mais derrière cette façade, les tensions persistent.
Un parti sous tension : unité affichée, fractures réelles
Les applaudissements nourris et les chants collectifs ont marqué la reconduction de Laurent Gbagbo par acclamation. Pourtant, cette scène idyllique masque une réalité moins reluisante. Le parti a dû faire face à des dissidences notables, notamment celle d’Ahoua Don Mello, ancien vice-président exécutif et candidat dissident à la présidentielle d’octobre 2025. Sa candidature indépendante a révélé les profondes divergences au sein du mouvement.
Pour rétablir l’ordre, le comité central a frappé fort : trois militants ont été exclus définitivement, tandis que 62 autres, dont le maire de Lakota Prince Arthur Dalli et le député indépendant Stéphane Kipré, ont écopé de suspensions allant de trois à dix-huit mois. Parmi eux figure également le professeur Georges Armand Ouégnin, symbole d’une fronde intellectuelle difficile à ignorer.
Boycott et désobéissance : les raisons d’un schisme
Les frondeurs du PPA-CI dénoncent une gouvernance trop centralisée et réclament une refonte totale des instances dirigeantes. Leur principal grief ? Le boycott systématique des élections, une stratégie que Laurent Gbagbo a poursuivie malgré les appels au renouvellement. Ces militants s’estiment exclus des décisions majeures, comme en témoigne leur absence au congrès de Treichville, où les décisions ont été prises sans eux.
Leur exclusion n’est pas anodine : elle reflète une lutte de pouvoir au sein d’un parti qui peine à se renouveler. Alors que certains souhaitent une ouverture, d’autres, fidèles à l’héritage gbagtiste, prônent une ligne dure et une opposition radicale au système politique ivoirien actuel.
Pourtant, malgré ces remous internes, Laurent Gbagbo conserve une influence majeure. Son charisme et son aura historique restent des atouts indéniables pour le PPA-CI. Mais la question se pose : cette reconduction à la tête du parti est-elle un gage de stabilité ou le symptôme d’une inertie politique dangereuse ?
L’ancien chef d’État, surnommé le « Woody de Mama » pour son engagement sans faille, semble déterminé à poursuivre sa mission. Lors de son discours face aux congressistes, il a insisté sur la nécessité de redynamiser le parti, évoquant une « ferveur populaire » qui le pousserait à rester en première ligne. Une déclaration qui rappelle que, même à près de quatre-vingts ans, son ambition politique ne s’est pas éteinte.
Reste à savoir si cette reconduction suffira à relancer le PPA-CI ou si elle ne fera qu’accentuer les fractures internes. Une chose est sûre : en Côte d’Ivoire, la politique reste un terrain où les vieilles gardes ont encore de beaux jours devant elles.