Le Bénin navigue entre les puissances : la stratégie de Porto-Novo de l’Atlantique à la Neva

Face aux profondes mutations géopolitiques qui redessinent le paysage de l’Afrique de l’Ouest, le Bénin adopte une **diplomatie béninoise** résolument pragmatique et audacieuse. Récemment, l’ambassadeur du Bénin en Russie a engagé des pourparlers avec les autorités de Saint-Pétersbourg, visant à dynamiser la **coopération Bénin-Russie** dans des secteurs vitaux tels que l’énergie, l’agriculture et la santé. Si cette démarche témoigne de l’intérêt croissant de la Russie pour le continent africain, elle s’inscrit avant tout dans la **stratégie de Porto-Novo** : multiplier ses partenaires économiques tout en consolidant, voire en intensifiant, ses alliances historiques et stratégiques avec les puissances occidentales.

Une rencontre stratégique pour le développement du Bénin

La **diplomatie économique** a constitué le cœur des récentes discussions entre Evgueni Grigoriev, membre du gouvernement de Saint-Pétersbourg et président du Comité municipal des relations extérieures, et Akambi André Okounlola Biaou, ambassadeur du Bénin en Russie. Cette rencontre, déroulée dans une atmosphère cordiale, a permis de poser les bases d’une collaboration élargie entre la métropole russe et la nation ouest-africaine.

En préambule des négociations, M. Grigoriev a chaleureusement salué son homologue à l’occasion de la fête de l’indépendance du Bénin, célébrée le 1er août, un geste marquant une volonté de respect mutuel. Au-delà des civilités diplomatiques, les échanges se sont avérés très concrets. Le communiqué officiel émis par le comité pétersbourgeois a révélé un large éventail de domaines prometteurs. Les priorités incluent l’énergie, l’agriculture, l’industrie de la pêche, les projets d’infrastructure, l’industrie pharmaceutique et l’éducation.

Pour le Bénin, un pays en pleine transformation grâce à des réformes structurelles majeures, ces secteurs sont d’une importance capitale. L’accès à une énergie fiable est indispensable à son industrialisation, tandis que la modernisation agricole est la pierre angulaire de son économie et de sa sécurité alimentaire, des axes clés pour le **développement Bénin**.

L’offensive commerciale des entreprises de Saint-Pétersbourg

Afin de concrétiser ces ambitions bilatérales, la Russie a mobilisé son tissu entrepreneurial. La réunion a vu la participation active de représentants du « Centre de soutien à l’exportation de Saint-Pétersbourg », une organisation autonome dédiée à la promotion du savoir-faire local à l’international.

Ils étaient accompagnés par les dirigeants de plusieurs entreprises emblématiques de la région, venues présenter des solutions adaptées aux besoins du marché béninois. Parmi elles, « Baltiski Bereg », acteur majeur de l’industrie de la pêche et de la transformation des produits de la mer, dont l’expertise pourrait soutenir le développement halieutique béninois. L’entreprise technologique « Radar MMS », spécialisée dans les systèmes d’information et les infrastructures, a également exposé ses projets. Dans les domaines de la santé et de la sécurité alimentaire, « Polysorb » (industrie pharmaceutique et médicale) et « Lignohumate » (spécialisée dans les engrais et les rendements agricoles) ont détaillé des offres qui ont suscité un vif intérêt au sein de la délégation africaine.

L’ambassadeur Okounlola Biaou a d’ailleurs souligné l’enthousiasme généré par ces propositions. Saisissant l’opportunité, il a suggéré une approche décentralisée : établir une interaction directe au niveau régional entre Saint-Pétersbourg et Cotonou. En ciblant la plus grande ville portuaire et le véritable poumon économique du Bénin, cette **stratégie de Porto-Novo** vise à contourner les lourdeurs administratives nationales pour favoriser des accords commerciaux de ville à ville, plus agiles et directs.

Horizon 2025 : 65 ans de relations et mission commerciale

Ces échanges préliminaires ne se limiteront pas à de simples déclarations d’intention. À l’issue de la rencontre, les deux parties ont convenu d’un calendrier ambitieux, avec comme première étape le lancement des préparatifs d’une mission commerciale béninoise à Saint-Pétersbourg.

Cet événement d’envergure est conçu pour s’inscrire dans une séquence symbolique forte : il coïncidera avec le 65e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Russie et le Bénin, prévu l’année prochaine. Plus qu’une simple commémoration, cette mission commerciale aura pour objectif de transformer les discussions actuelles en contrats signés et en projets conjoints d’intérêt mutuel, consolidant ainsi un pont économique entre l’Europe de l’Est et le golfe de Guinée.

Sécurité et défense : le volet militaire de la coopération

Si l’économie a dominé l’ordre du jour à Saint-Pétersbourg, la **coopération Bénin-Russie** s’étend également au domaine sensible de la sécurité. Ce rapprochement économique fait d’ailleurs écho à des contacts militaires récents.

En mai dernier, une délégation du ministère russe de la Défense s’était entretenue avec l’état-major de la Marine béninoise. Au cœur des discussions figurait la possibilité de mener des exercices navals conjoints. Dans un contexte où le **Golfe de Guinée** demeure une zone de préoccupation majeure face aux menaces de piraterie maritime, le Bénin explore toutes les opportunités pour renforcer les capacités opérationnelles de ses forces navales et sécuriser ses eaux territoriales, garantes de son commerce international.

Une diplomatie du « non-alignement » : le Bénin solidement ancré à l’Occident

Toutefois, il serait erroné d’interpréter cette ouverture vers Moscou comme un basculement géopolitique ou une rupture avec les alliés traditionnels de Porto-Novo. Au contraire, le Bénin illustre aujourd’hui avec brio la stratégie du multi-alignement, refusant de s’enfermer dans une logique de blocs.

En réalité, le Bénin maintient et approfondit activement ses relations avec les partenaires et les puissances occidentales. Contrairement à certains de ses voisins sahéliens qui ont rompu avec l’Occident au profit exclusif de nouveaux partenaires, le gouvernement béninois considère l’Union Européenne, les États-Unis et la France comme des piliers indispensables de son **développement Bénin** et de sa sécurité.

Sur le plan économique, les États-Unis demeurent un partenaire de premier plan, notamment à travers les programmes du Millennium Challenge Corporation (MCC) qui injectent des centaines de millions de dollars dans l’infrastructure électrique béninoise, un secteur pourtant discuté avec les Russes à Saint-Pétersbourg. Le Bénin bénéficie également de l’AGOA (loi sur la croissance et les opportunités en Afrique), facilitant ses exportations vers le marché américain.

L’Union Européenne et la France restent, de leur côté, les premiers bailleurs de fonds et partenaires commerciaux du pays. Paris et Porto-Novo entretiennent une relation dense, apaisée et résolument tournée vers l’avenir, marquée récemment par des restitutions historiques d’œuvres d’art, mais aussi par une forte présence d’investisseurs français dans la logistique, les infrastructures et les services. Sur le plan sécuritaire, face à la menace jihadiste qui pèse sur le nord de son territoire, le Bénin s’appuie massivement sur le soutien matériel, logistique et le renseignement fournis par la France et les États-Unis.

L’ouverture vers Saint-Pétersbourg n’est donc pas une substitution, mais une addition. En s’ouvrant aux capitaux et à l’expertise russe, le Bénin fait valoir ses propres intérêts souverains.

L’entretien entre Evgueni Grigoriev et l’ambassadeur Akambi André Okounlola Biaou marque indéniablement une volonté mutuelle de réactiver et d’enrichir l’axe Moscou – Porto-Novo. À travers l’énergie, l’agriculture ou les éventuels exercices navals, la Russie trouve au Bénin un partenaire ouvert au dialogue. Néanmoins, cette initiative démontre la maturité de la **diplomatie béninoise**. Loin de tourner le dos à ses alliés occidentaux essentiels à sa sécurité et à son économie, le Bénin s’affirme comme un carrefour attractif, prêt à collaborer avec toutes les puissances capables de contribuer concrètement à son émergence économique, d’où qu’elles viennent. L’année 2025 et sa mission commerciale annoncée permettront de mesurer l’impact réel de ces nouvelles ambitions russes en terre béninoise.

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