Paul Biya, figure emblématique de la politique camerounaise et doyen des chefs d’État mondiaux, a fait son retour à Yaoundé ce jeudi 20 août. Son absence prolongée de plus de deux mois a ravivé d’intenses débats nationaux concernant sa capacité à diriger le Cameroun.
Le dirigeant camerounais, âgé de 93 ans, avait quitté Yaoundé le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe ». Il se trouvait en Suisse, à Genève, en compagnie de sa famille et de ses plus proches collaborateurs.
Après 73 jours hors du pays, Paul Biya a salué la foule massée à l’aéroport de Yaoundé d’un geste de la main, visible à travers la vitre entrouverte de la voiture qui le conduisait vers sa résidence, le palais d’Etoudi. Son épouse, Chantal Biya, l’accompagnait. Plusieurs dizaines de partisans du parti présidentiel, dont certains arboraient des pagnes à l’effigie du président, s’étaient rassemblés à l’aéroport pour l’accueillir dans une atmosphère festive.
La santé du président Paul Biya, qui effectue des séjours réguliers à Genève, est fréquemment sujette à des rumeurs, parfois démenties par le gouvernement. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait formellement réfuté les allégations d’une hospitalisation du chef de l’État camerounais dans une clinique genevoise, en réponse à des articles de presse.
Cette absence, d’une durée inédite, a relancé les discussions sur l’inertie du pouvoir au Cameroun et provoqué de vives critiques de la part de l’opposition. Celle-ci a dénoncé un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique », alors que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président est attendue depuis plusieurs mois.
Un « spectacle » controversé
« Pour une démocratie comme la nôtre, il est normal que l’absence prolongée d’un président suscite des interrogations. Cependant, cela n’a en rien altéré le fonctionnement du pays, qui a continué à opérer », a affirmé Gilles Owono, un enseignant de 30 ans présent à l’aéroport pour le retour du chef de l’État.
James Fame Ndongo, cadre du parti au pouvoir et ministre de l’Enseignement supérieur, avait balayé fin juillet les accusations de vacance du pouvoir, arguant que « où qu’il se trouve, le chef de l’État suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent (…) ses collaborateurs ».
Ces absences répétées, observées depuis plus de vingt ans, continuent d’alimenter la frustration de nombreux Camerounais. « Qu’il soit là ou non, cela ne change rien. Quand il est présent, il ne fait rien. Je ne vois donc pas l’intérêt de participer à ce spectacle », a fustigé Prosper Nkou Mvondo, leader du parti d’opposition Univers.
La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat en octobre 2025 avait été marquée par des manifestations violemment réprimées, le gouvernement ayant reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans en fournir le bilan exact. Les résultats, vivement contestés par l’opposition, avaient suscité une certaine réserve au sein des chancelleries occidentales.
Ce long séjour hors du Cameroun a également alimenté les spéculations concernant l’ère post-Biya, accélérant la course à sa succession, bien que cette dernière reste encore entourée d’un épais mystère. Tant qu’un vice-président n’a pas été nommé, il reviendrait au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, d’assurer l’intérim en cas de vacance du pouvoir, le temps qu’une élection présidentielle soit organisée.