Face à l’impossibilité d’accéder aux marchés internationaux d’eurobonds suite aux révélations sur les révisions budgétaires de 2024, le Sénégal a fait du marché des titres publics de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) son principal levier de financement. Au cours des quatre premiers mois de l’année, le Trésor public sénégalais a réussi à mobiliser 1311,3 milliards de FCFA. Ce volume significatif souligne à la fois l’ampleur des besoins de couverture budgétaire et le recours contraint de Dakar aux investisseurs régionaux. Cette démarche de substitution intervient dans un contexte où les agences de notation maintiennent une pression défavorable sur la solvabilité du pays.
Un repositionnement stratégique sur le marché financier régional de l’UEMOA
L’absence du Sénégal des marchés internationaux n’est pas une décision volontaire, mais bien une nécessité. Les tensions budgétaires, exacerbées par la découverte d’une dette publique nettement supérieure aux chiffres précédemment divulgués par l’ancienne administration, ont entraîné une augmentation du coût de l’emprunt en devises et fermé temporairement la porte aux émissions d’eurobonds. En l’absence d’alternatives immédiates, le ministère des Finances et du Budget a sollicité Umoa-Titres, l’entité régionale en charge de l’organisation des adjudications de bons et obligations du Trésor pour les huit États membres de l’Union.
Le montant ainsi levé en seulement quatre mois positionne le Sénégal parmi les émetteurs les plus dynamiques de la zone. La collecte de 1311,3 milliards de FCFA, équivalant à environ deux milliards d’euros, témoigne d’une cadence d’émission soutenue, avoisinant les 330 milliards par mois. Cette intensité dépasse considérablement la moyenne historique de Dakar sur ce segment, indiquant que le Trésor compense de manière proactive les fonds qu’il ne peut plus emprunter à l’étranger.
Le coût élevé d’une signature souveraine sous pression
Cette stratégie de financement a cependant un revers : les taux d’intérêt. Les institutions bancaires de la sous-région, principaux acquéreurs de titres publics, exigent désormais des rendements plus élevés pour souscrire aux titres sénégalais. La perception dégradée du risque souverain, accentuée par les abaissements de note successifs de Moody’s et Standard & Poor’s ces derniers mois, se traduit par une prime de risque accrue lors de chaque adjudication. Concrètement, le Sénégal emprunte à des coûts supérieurs à ceux de ses voisins directs pour des maturités comparables.
Cette conjoncture crée un double enjeu. D’une part, elle accroît le poids du service de la dette intérieure régionale, au sein d’un budget déjà contraint. D’autre part, elle absorbe une part grandissante des liquidités bancaires disponibles au sein de l’UEMOA, risquant ainsi de générer un effet d’éviction préjudiciable aux autres émetteurs souverains et au financement du secteur privé. Des pays comme la Côte d’Ivoire, le Mali ou le Burkina Faso, qui sollicitent également régulièrement Umoa-Titres, voient de ce fait leur marge d’absorption se réduire.
Rétablir la confiance pour un retour sur les marchés internationaux
L’objectif de Dakar va au-delà de la simple couverture des échéances de 2025. Parallèlement, les autorités sénégalaises sont en pourparlers pour un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI), suspendu depuis l’audit de la dette. La concrétisation d’un tel accord serait déterminante pour un regain progressif de la confiance des investisseurs étrangers et, à terme, la réouverture des guichets internationaux. En attendant, le marché régional joue un rôle de tampon essentiel, mais ne peut indéfiniment remplacer les apports en devises étrangères indispensables au financement des projets d’infrastructures majeurs, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’énergie.
Le gouvernement dirigé par Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko mise sur cette trajectoire de financement domestique pour assainir les comptes publics et restaurer une signature crédible. La trésorerie est sécurisée à court terme, mais la pression sur les taux régionaux et le coût des intérêts ne laisse que peu de marge d’erreur. La restauration de la crédibilité budgétaire demeure la condition sine qua non de toute normalisation financière.