le Tchad tourne la page de la cour pénale internationale
N’Djamena justifie sa sortie de la CPI par une inefficacité persistante et une concentration disproportionnée sur le continent africain.

Le gouvernement tchadien a officialisé son retrait de la Cour pénale internationale (CPI) par la voix de son porte-parole, pointant du doigt une institution dont l’action lui apparaît « limitée et inégale ». Cette annonce survient après un examen minutieux des dix-neuf années d’activité de la Cour, marquée selon N’Djamena par une focalisation problématique sur l’Afrique.
Sur les treize enquêtes ouvertes depuis 2002, neuf visent des pays africains, tandis que les quatre restantes, menées ailleurs dans le monde, n’ont selon les autorités tchadiennes « connu aucune avancée significative ». Le porte-parole a également souligné que seulement sept personnes restent détenues à ce jour, dont six font l’objet de poursuites dans des affaires africaines.
Une pression diplomatique américaine
Les États-Unis ont récemment interpellé N’Djamena sur la pertinence de son adhésion. Le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines a sollicité par téléphone une réévaluation de l’engagement tchadien auprès de la CPI. Le communiqué officiel américain mentionnait des « préoccupations concernant le fonctionnement » de cette juridiction et appelait à un réexamen du Statut de Rome.
« Notre décision ne résulte pas de cette sollicitation », a cependant précisé le ministre tchadien des Affaires étrangères, Abdoulaye Sabre Fadoul, lors d’une conférence de presse. Il a réaffirmé la souveraineté du pays dans ce choix stratégique.
Un retrait controversé en pleine crise régionale
Cette annonce intervient alors que le Tchad est pointé du doigt pour son rôle présumé dans l’approvisionnement en armes des Forces de soutien rapide (FSR) soudanaises. Khartoum et plusieurs organisations non gouvernementales accusent N’Djamena de faciliter le transit d’armements en provenance des Émirats arabes unis vers les milices paramilitaires engagées dans une guerre civile dévastatrice depuis avril 2023.
L’avocat français Vincent Brengarth, spécialiste des droits humains, s’alarme : « Ce retrait compromet gravement les démarches en cours, notamment le dépôt de signalements en 2025 concernant des soupçons de complicité dans des crimes internationaux, incluant la livraison d’armes aux FSR. »
Les deux camps du conflit soudanais sont régulièrement accusés par la communauté internationale de graves violations, telles que les attaques ciblées contre des civils et les bombardements aveugles de zones habitées.
« Au-delà de cette affaire spécifique, cette décision affaiblit l’édifice international de justice pénale et alimente les craintes d’une impunité généralisée pour les crimes les plus odieux », a-t-il conclu.