Cette semaine a été riche en événements cruciaux pour le continent africain, marquant des tournants diplomatiques, économiques et politiques. De la redéfinition de la politique française en Afrique aux enjeux de croissance du secteur privé, en passant par des réformes constitutionnelles majeures, voici un aperçu des actualités à retenir :
- La nouvelle orientation de la politique africaine d’Emmanuel Macron, culminant à Nairobi.
- Les impératifs de croissance pour le secteur privé africain discutés à l’Africa CEO Forum de Kigali.
- Le débat persistant autour de la vice-présidence au Cameroun et ses implications pour la succession.
- L’analyse des réformes constitutionnelles au Sénégal et leurs conséquences pour Ousmane Sonko.
- Le profil de Philippe Lalliot, le nouveau représentant diplomatique de la France au Maroc.
1. Emmanuel Macron redéfinit sa stratégie africaine à Nairobi
L’essentiel à comprendre. Emmanuel Macron a récemment accordé un grand entretien avant le sommet Africa Forward de Nairobi (11-12 mai), où il a clairement énoncé un changement de paradigme. L’aide publique au développement, telle qu’elle était conçue, est désormais obsolète. Le président français privilégie désormais une approche d’« investissement solidaire », ciblant les marchés privés et cherchant à surmonter les obstacles liés aux notations de crédit et à la perception du risque.
Le déroulement des faits. Ce sommet, une première en dehors de l’Afrique de l’Ouest pour une rencontre franco-africaine de cette envergure, a rassemblé une trentaine de chefs d’État à Nairobi, avec le président kényan William Ruto comme co-hôte. Macron y a annoncé des intentions d’investissement totalisant 23 milliards d’euros, dont 14 milliards proviennent de sources françaises, publiques et privées. Proparco, la branche de l’AFD dédiée au secteur privé, a notamment engagé 500 millions d’euros, représentant près de la moitié de son enveloppe annuelle pour l’Afrique, en une seule journée.
Un pivot stratégique. En une brève mention du dossier sahélien, Emmanuel Macron a symboliquement marqué un tournant. Le choix de Nairobi comme lieu du sommet souligne la réorientation de Paris vers l’Afrique de l’Est anglophone, suite aux tensions avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Pour William Ruto, cette collaboration renforce sa position à un an de l’élection présidentielle kényane, tandis que Macron y voit un allié clé pour promouvoir la réforme de l’architecture financière internationale lors du prochain G7 en juin.
Le contexte économique. Les chiffres sont éloquents : l’aide publique au développement des pays de l’OCDE a connu une baisse de plus d’un tiers en deux ans. La France, en particulier, a réduit son enveloppe d’environ 2 milliards d’euros. C’est ce déficit que le président Macron ambitionne de compenser par l’afflux de capital privé, un pari dont l’efficacité reste à évaluer concrètement.
2. L’Africa CEO Forum : un appel à la transformation du secteur privé africain
Ce qu’il faut retenir. La 13e édition de l’Africa CEO Forum, tenue à Kigali, a placé le thème « scale or fail » (grandir ou périr) au cœur des débats. Devant 2 800 décideurs et huit chefs d’État, le message était clair : les marchés nationaux africains sont trop fragmentés, les échanges intra-africains insuffisants, et le continent doit impérativement harmoniser ses efforts pour une croissance collective.
L’importance de l’enjeu. La question est d’ordre structurel. Sans l’émergence de champions continentaux, capables de s’imposer sur la scène internationale, l’Afrique risque de demeurer un exportateur de ressources (minerais, talents, capitaux) plutôt qu’un capteur de valeur ajoutée. Huit ans après son lancement, le projet de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (Zlecaf) demeure inachevé, confronté à des barrières réglementaires persistantes, des coûts logistiques élevés et des échanges intra-africains encore marginaux.
Une interpellation forte. Paul Kagame, président du Rwanda, a résumé la situation avec une déclaration marquante : « D’un côté, ils viennent nous donner des leçons sur les droits humains et de l’autre ils viennent nous prendre nos minerais. On ne doit plus attendre de se faire arnaquer. »
3. La succession de Paul Biya : le mystère de la vice-présidence au Cameroun
Les points clés. Au Cameroun, malgré la promulgation du décret réinstituant la vice-présidence, le poste demeure vacant. À Yaoundé, les spéculations vont bon train concernant les potentiels successeurs. Des noms comme Paul Atanga Nji, Louis-Paul Motaze, Philémon Yang et Oswald Baboké circulent, la liste des prétendants s’allongeant à mesure que Paul Biya tarde à prendre une décision.
Un blocage inattendu. Franck Biya, fils du président, était pressenti pour être nommé rapidement après le décret d’avril, son premier acte officiel devant être l’accueil du pape Léon XIV. Un communiqué de presse était même prêt pour la CRTV, mais il n’a jamais été diffusé. Des sources indiquent que Chantal Biya aurait intervenu au dernier moment, préférant soutenir son propre fils, Franck Hertz. Derrière cette valse des noms, c’est en réalité la question de la succession présidentielle qui se joue en coulisses.
4. Sénégal : la réforme constitutionnelle et l’ascension d’Ousmane Sonko
Les implications de la réforme. Un avant-projet de révision constitutionnelle, dévoilé le 27 avril, pourrait redessiner l’équilibre des pouvoirs au sommet de l’exécutif sénégalais, principalement en faveur d’Ousmane Sonko. Deux modifications majeures sont à noter : le président serait désormais tenu de définir la politique nationale « en concertation » avec son Premier ministre, et ce dernier obtiendrait un droit autonome de saisine de la future Cour constitutionnelle, indépendant de la volonté présidentielle. De plus, Bassirou Diomaye Faye serait empêché de diriger un parti ou de faire campagne, tandis qu’Ousmane Sonko conserverait toute liberté à la tête de Pastef.
Un risque institutionnel. L’article 49, qui permet au président de démettre le Premier ministre, reste inchangé. Cependant, si les tensions déjà perceptibles entre les deux hommes devaient s’intensifier et mener à un tel scénario, le Sénégal pourrait faire face à une cohabitation inédite : un chef de parti majoritaire au Parlement, constitutionnellement renforcé, se retrouvant dans l’opposition depuis la primature.
5. Philippe Lalliot : le nouveau visage de la diplomatie française au Maroc
Le choix présidentiel. Philippe Lalliot, 60 ans, a été désigné personnellement par Emmanuel Macron pour succéder à Christophe Lecourtier en tant qu’ambassadeur de France au Maroc. Son portrait révèle un pur produit du Quai d’Orsay, actuellement directeur du Centre de Crise et de Soutien (CDCS). Sa nomination, privilégiant un profil de gestionnaire de crises plutôt qu’une figure politique, s’aligne avec la nouvelle orientation diplomatique française envers Rabat.
Les défis bilatéraux. Lalliot prend ses fonctions à un moment où la relation bilatérale franco-marocaine connaît un réchauffement, bien qu’elle ne soit pas encore pleinement concrétisée (un traité d’amitié est toujours en négociation, et la visite d’État de Mohammed VI en France n’a pas de date officielle). L’enjeu économique est également considérable : la France représente près de 30 % du total des investissements directs étrangers au Maroc. Paris souhaite accélérer cette dynamique, tandis que Rabat procède avec une approche mesurée et progressive.