Libertés au Burkina Faso : la junte muselle-t-elle les critiques ?

Libertés au Burkina Faso : la junte muselle-t-elle les critiques ?

Rencontre entre Vladimir Poutine et Ibrahim Traoré lors d'un événement international en 2025

Les dernières semaines au Burkina Faso voient se multiplier les mesures restrictives envers les voix dissidentes. Entre arrestations ciblées et suspensions d’organisations, la junte au pouvoir semble vouloir étouffer toute contestation, malgré les risques de tensions sociales accrues.

L’interpellation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure religieuse influente, pendant la fête de Tabaski, a particulièrement choqué. Les conditions de son arrestation, réalisée par des forces de l’ordre encagoulées, restent floues. Des heurts ont éclaté lorsque des fidèles ont tenté de s’opposer à cette détention, laissant plusieurs blessés derrière eux.

Un projet de loi sur la religion au cœur des tensions

Cette arrestation s’inscrit dans un contexte déjà tendu autour d’un projet de loi sur les libertés religieuses. Le texte, qui vise à renforcer la laïcité de l’État et à encadrer les lieux de culte, est vivement contesté par plusieurs associations musulmanes. Ces dernières dénoncent une restriction de leurs droits et appellent à son retrait immédiat.

Quelques heures avant son arrestation, l’imam Kindo avait diffusé un message audio où il appelait les autorités à « réfléchir aux conséquences de leurs décisions ». Une prise de position qui a visiblement précipité son interpellation.

Cette affaire n’est pas isolée. Depuis mars, un autre imam, Mahmoud Barro, a disparu après avoir critiqué ce même projet de loi. Ces disparitions successives alimentent les craintes d’une dérive autoritaire au sein du régime.

L’Union des étudiants suspendue pour « apologie du terrorisme »

Autre symbole de cette répression grandissante : la suspension de l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb), accusée d’« apologie du terrorisme » pour une publication critiquant l’incapacité des autorités à lutter contre l’insécurité. Une décision qualifiée de disproportionnée par plusieurs observateurs.

Human Rights Watch (HRW) a réagi en rappelant le rôle historique de l’Ugeb dans la défense des droits étudiants. L’ONG dénonce une « instrumentalisation de la justice » et appelle à l’abandon des sanctions. Selon HRW, « museler les étudiants ne résoudra pas la crise sécuritaire qui frappe le pays », notamment en raison de l’escalade des attaques menées par des groupes armés.

La pression sur les voix indépendantes s’intensifie. Les journalistes peinent désormais à recueillir des témoignages, par crainte de représailles. Pourtant, la contestation persiste, notamment à travers les réseaux sociaux et dans l’espace privé des Burkinabè.

Les organisations de défense des droits humains, comme la FIDH, ont déjà alerté sur la dégradation des libertés fondamentales. Leurs appels restent pour l’instant sans réponse, tandis que le climat de peur s’installe durablement dans le pays.

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