Depuis la Mauritanie, où il a trouvé refuge, Mosso* exprime un espoir fragile de pouvoir un jour rentrer chez lui au Mali. Sa vision d’un retour est intrinsèquement liée au départ des paramilitaires russes, désormais connus sous le nom d’Africa Corps, qui appuient l’armée malienne. Cet espoir est ravivé par les récentes attaques d’envergure menées fin avril par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, affilié à Al-Qaïda). Ces offensives coordonnées ont sérieusement ébranlé la junte malienne, au pouvoir depuis 2020, allant jusqu’à causer la mort du ministre de la Défense.
Dans la localité de Fassala, en Mauritanie, à proximité immédiate de la frontière malienne, le souvenir des actions des paramilitaires russes, souvent désignés sous leur ancien nom de « Wagner », reste vif et douloureux pour de nombreux réfugiés. Ces forces sont présentes au Mali depuis le retrait des troupes françaises, engagées dans la lutte contre les groupes jihadistes.
La présence de Wagner et ses répercussions
Sous une tente rudimentaire, à l’abri de la chaleur implacable du désert sahélien, Mosso, un éleveur touareg nomade de 57 ans, espère ardemment « la chute d’Assimi Goïta », le chef de la junte malienne. Selon lui, c’est Goïta qui est responsable de la présence des paramilitaires russes. Mosso a fui la région de Mopti, au centre du Mali, il y a seulement trois semaines, après l’arrivée d’hommes qu’il identifie comme des paramilitaires russes dans son campement, qui ont procédé à des enlèvements. Il témoigne également de la mort de son propre frère, tué par des Russes un an auparavant, sous les yeux de son fils alors âgé de 14 ans.
Au Mali, les civils sont fréquemment pris entre deux feux, victimes de représailles et d’exactions, qu’elles soient le fait de l’armée malienne et de ses supplétifs russes, ou des groupes jihadistes. Des accusations de violations des droits humains ont été portées, notamment le 20 avril, lorsque plusieurs organisations de la société civile, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont déposé plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), impliquant les forces armées maliennes et le groupe Wagner.
L’espoir d’un départ des paramilitaires russes a été alimenté par des images montrant un convoi de ces forces quittant Kidal, une ville stratégique du Nord malien passée sous le contrôle de la rébellion touarègue fin avril. À l’instar de Mosso, environ 300 000 Maliens ont cherché refuge dans la région du Hodh Chargui, en Mauritanie, depuis le début du conflit en 2012.
Le camp de Mbera : entre espoir de paix et dilemmes d’alliance
À une cinquantaine de kilomètres de la frontière, le camp de Mbera abrite aujourd’hui 120 000 réfugiés, tous ayant fui les violences perpétrées par divers belligérants : jihadistes, armée malienne, mercenaires russes ou encore groupes communautaires. Dans les allées sablonneuses du camp, Ahmed*, 35 ans, exprime son désir de voir la paix revenir et de pouvoir enfin retrouver son pays. Il souhaite également la chute des dirigeants militaires, qu’il estime être à l’origine des problèmes actuels. Pour lui, la présence des forces russes est la cause principale de cet exode, ayant poussé de nombreux Touaregs à fuir « l’amalgame » fait par l’armée malienne et ses alliés.
Cependant, Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans au visage marqué par le soleil, ne partage pas l’enthousiasme général concernant la récente offensive rebelle. Il déclare être « très loin d’être content que le FLA ait repris Kidal ». L’alliance entre le FLA et les jihadistes est pour lui une source de préoccupation. Il considère le Jnim comme un mouvement terroriste dont les objectifs divergent fondamentalement de son idéologie de musulman modéré et pacifique.
Les blocus imposés par les jihadistes du Jnim sur plusieurs localités maliennes depuis octobre dernier ont provoqué une nouvelle vague d’arrivées de près de 14 000 réfugiés dans la région, majoritairement des femmes et des enfants, accentuant la pression sur les ressources existantes.
Un avenir incertain et la crainte d’un nouvel afflux
Les récentes hostilités au Mali soulèvent de vives inquiétudes parmi les acteurs humanitaires, craignant un nouvel afflux de réfugiés dans cette zone désertique où l’accès aux ressources est déjà précaire. La situation est suivie avec une attention particulière face à cette potentielle crise humanitaire.
Alors que le Sahel est devenu un épicentre mondial des violences jihadistes, la Mauritanie, un vaste pays désertique de 5,5 millions d’habitants, se distingue par une stabilité notable. Toutefois, la présence de plus de 300 000 réfugiés maliens génère des tensions significatives sur les pâturages, les ressources en eau et l’ensemble des services de base, y compris la santé. Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, commune qui accueille 70 000 réfugiés, exprime son inquiétude face à l’intensification des combats au Mali voisin.
La situation demeure plus que jamais incertaine. Le FLA a clairement exprimé son intention de conquérir les grandes villes du nord du Mali et anticipe la chute de la junte au pouvoir face à son offensive. Tilleli*, 22 ans, tenant sa petite fille d’un an dans les bras, raconte sa fuite du Mali il y a un mois, après le pillage et l’incendie de son village dans la région de Mopti par les forces russes et l’armée. Elle affirme qu’elle ne pourra rentrer chez elle qu’après le départ des forces russes de son pays. La jeune mère confie qu’elle n’a « pas espoir qu’il y aura la paix si tôt ».