L’influence russe au Mali et la sécurité au Sahel à l’épreuve des faits

Quelques jours après des assauts d’envergure contre les bases des forces armées maliennes, le chef de la junte, Assimi Goita, a affirmé que la situation était désormais « sous contrôle ». Cette déclaration intervient alors que les forces de sécurité russes ont déployé un soutien aérien crucial pour empêcher les rebelles de s’emparer de points stratégiques, notamment le palais présidentiel à Bamako.

Malgré ces assurances, la stabilité de cette nation d’Afrique de l’Ouest demeure précaire. Le gouvernement peine à reprendre le terrain perdu face aux combattants touaregs et aux groupes liés à al-Qaïda, ces derniers ayant promis d’instaurer un siège total autour de la capitale du Mali.

L’offensive coordonnée de samedi dernier, touchant plusieurs localités dont Bamako, a provoqué une onde de choc régionale. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a perdu la vie dans ces affrontements, tandis que plusieurs villes, dont Kidal dans le nord, sont tombées aux mains des insurgés. De son côté, le commandement militaire malien a déclaré avoir neutralisé plus de 200 assaillants.

L’efficacité de l’alliance militaire entre Bamako et Moscou suscite aujourd’hui de nombreuses interrogations, particulièrement après le retrait signalé des troupes russes de Kidal. Les combattants de l’Africa Corps, une structure sous contrôle de l’État russe, opéraient pourtant aux côtés des soldats maliens dans cette zone stratégique.

Lundi, l’Africa Corps a confirmé ce repli, tout en précisant qu’il s’agissait d’une décision concertée avec les autorités maliennes. Cependant, cette situation sème le doute chez les analystes et sur les réseaux sociaux quant à la solidité du soutien défensif russe apporté aux pays du Sahel, tels que le Burkina Faso et le Niger, également confrontés à une recrudescence des violences armées.

L’Africa Corps, qui a succédé à la société privée Wagner, a été déployé au Mali après que Assimi Goita a exigé le départ des troupes françaises en 2022. En réaction à l’instabilité croissante et aux critiques de la CEDEAO, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fondé l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2023.

Le rôle des forces russes durant l’attaque

Les assauts de samedi ont été coordonnés par le Front de libération de l’Azawad (FLA), d’obédience séparatiste touarègue, et le JNIM, affilié à al-Qaïda. Ces groupes ont visé simultanément plusieurs garnisons militaires à Kidal, Gao, Sévaré et Kati.

Depuis 2012, le Mali est en proie à une violence endémique. Environ 2 000 instructeurs et combattants russes sont présents sur le territoire depuis 2021, comblant le vide laissé par le retrait des forces de l’ONU et de la France. Initialement sous la bannière Wagner, ces effectifs ont été intégrés à l’Africa Corps après le décès d’Evgueni Prigojine en 2023, passant sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense.

Selon certains experts, le changement de commandement a modifié l’approche opérationnelle : là où Wagner se montrait offensif, l’Africa Corps adopterait une posture plus défensive. Par ailleurs, des organisations de défense des droits humains accusent l’ensemble des belligérants de commettre des exactions contre les populations civiles.

Lors des événements de samedi, des témoins ont rapporté avoir vu des véhicules russes quitter Kidal, prétendument après une médiation menée par l’Algérie. Plusieurs soldats maliens auraient été capturés durant cette retraite, bien que leur nombre exact reste inconnu.

La position officielle de la Russie

Dans un message publié sur Telegram, l’Africa Corps a soutenu que le retrait de Kidal était une manœuvre planifiée avec Bamako pour évacuer les blessés et le matériel lourd. Le ministère russe de la Défense a affirmé que ses forces continuaient de mener des frappes aériennes pour protéger les institutions maliennes, tout en prétendant, sans fournir de preuves, que les assaillants étaient soutenus par des mercenaires européens et ukrainiens.

Cependant, des sources locales indiquent que les mercenaires russes auraient été avertis de l’imminence de l’attaque par le gouverneur de Kidal sans pour autant réagir efficacement, ce qui laisse supposer une possible négociation préalable pour leur propre évacuation.

Une crédibilité entachée au Sahel ?

En s’implantant au Mali, au Niger et au Burkina Faso, la Russie s’est présentée comme une alternative libératrice face au passé colonial. Si Wagner avait obtenu des succès symboliques en 2023, les récentes défaites et la mort du ministre Sadio Camara portent un coup dur à cette image de puissance protectrice.

Le silence initial d’Assimi Goita, suivi d’une vidéo affirmant que les opérations de sécurisation se poursuivent, n’a pas suffi à dissiper les doutes. Pour plusieurs observateurs, l’abandon de Kidal et la perte de matériel militaire sophistiqué ternissent durablement la réputation de l’Africa Corps dans la région.

Alors que le JNIM menace désormais directement Bamako, l’avenir de la coopération militaire entre le Mali et la Russie semble plus incertain que jamais, la capacité de Moscou à garantir la sécurité de ses alliés sahéliens étant sérieusement mise à l’épreuve.

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