À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, ce dimanche 3 mai, un constat alarmant s’impose : au sein de l’Afrique de l’Ouest, l’exercice du journalisme est devenu une entreprise périlleuse, voire dangereuse. Depuis l’accession au pouvoir de régimes militaires, le Mali, le Niger et le Burkina Faso – réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) – sont confrontés à une intensification des mesures restrictives sans précédent.
Une pression croissante sur les professionnels des médias
Qu’il s’agisse de la chaîne malienne Joliba TV, du quotidien burkinabè L’Observateur Paalga ou de l’enlèvement récent du journaliste Serge Oulon à Ouagadougou, les tactiques d’intimidation se multiplient. Les autorités n’hésitent plus à déployer un éventail de dispositions draconiennes pour étouffer les voix discordantes :
- Suspensions abruptes de médias nationaux et internationaux.
- Arrestations arbitraires et enlèvements.
- Exil forcé pour ceux qui refusent de propager la ligne officielle.
La peur, instrument de censure
Le climat actuel ne laisse aux professionnels de l’information que deux alternatives : l’adhésion ou le silence. Selon M. Ousmane Diallo, chercheur auprès d’Amnesty International, nous assistons à une contraction progressive de l’espace civique.
« Ce contexte d’intimidation, caractérisé par des disparitions forcées, pousse de nombreux journalistes à pratiquer l’autocensure », explique-t-il. En d’autres termes, par crainte de représailles, les journalistes finissent par délaisser les sujets sensibles.
Vers une « geôle de la pensée » ?
Cette mainmise sur la diffusion de l’information ne cible pas uniquement les professionnels des médias, mais également la population civile. En imposant une narration univoque, glorifiant les administrations militaires, les autorités cherchent à éradiquer toute capacité de jugement critique au sein de la société.
Un journaliste local, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, établit un parallèle entre la situation actuelle et l’époque de l’Union soviétique. Il dépeint un Sahel transformé en un « goulag de l’information » – une métaphore désignant un espace où la vérité est emprisonnée.
Le rapprochement diplomatique de ces nations avec la Fédération de Russie, sous la direction de Vladimir Poutine, est perçu par les observateurs comme un facteur non fortuit : il semble s’accompagner d’une adoption corrélative de méthodes de contrôle informationnel caractéristiques des régimes autoritaires. L’enjeu est désormais de déterminer si une expression libre pourra encore émerger dans une région où l’opinion publique semble, peu à peu, être muselée.