Lomé : les agricultrices togolaises s’unissent pour une révolution agricole en 2026

Des centaines de femmes rurales réunies pour façonner l’avenir agricole du Togo

Lomé — Elles façonnent déjà une part essentielle du paysage agricole togolais, mais leur potentiel reste souvent bridé par des obstacles structurels. C’est pour briser ces chaînes que plus de 500 femmes du secteur primaire se sont donné rendez-vous à Lomé depuis le 30 juin, à l’occasion du Forum national de l’agricultrice togolaise (FoNAT 2026). Cette rencontre historique, organisée par la Coordination togolaise des organisations paysannes et de producteurs agricoles (CTOP) et la Plateforme nationale des agricultrices du Togo (PNAFAT), s’inscrit dans le cadre de l’Année internationale des agricultrices décrétée par les Nations Unies.

Ces actrices clés de l’économie rurale, souvent reléguées au second plan malgré leur contribution majeure, entendent désormais faire entendre leur voix. Leur objectif ? Transformer durablement les politiques agricoles en plaçant les femmes au cœur des décisions stratégiques. Entre défis persistants et opportunités émergentes, ce forum marque un tournant décisif pour l’agriculture togolaise.

Les défis qui freinent la pleine participation des femmes au développement agricole

Les discussions révèlent une réalité contrastée : si les femmes assurent une part importante de la production, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles, leur accès aux ressources fondamentales reste profondément inégalitaire. Plusieurs obstacles majeurs sont identifiés :

  • L’accès limité au foncier : Les contraintes juridiques, coutumières et économiques privent de nombreuses femmes rurales de la possibilité d’investir dans leur exploitation ou d’accéder à des terres productives.
  • Le financement, un parcours semé d’embûches : L’octroi de crédits et de subventions se heurte encore trop souvent à des critères discriminants ou à une méconnaissance des dispositifs existants.
  • L’adaptation au changement climatique : Face à la dégradation des sols et à l’irrégularité des saisons, les agricultrices peinent à accéder aux innovations et aux techniques d’adaptation nécessaires.
  • La transformation et la commercialisation : Le manque d’infrastructures adaptées et de formations en gestion limite leur capacité à valoriser leurs productions et à accéder aux marchés.

Pour les participantes, ces défis ne sont pas seulement des freins individuels, mais des entraves collectives à la sécurité alimentaire et au développement économique du pays. Leur ambition ? Faire de ces obstacles des leviers d’autonomisation.

Valoriser l’expertise féminine : une foire pour mettre en lumière les savoir-faire locaux

En parallèle des ateliers de travail, une foire dédiée aux produits transformés par des femmes entrepreneures a été organisée. Cette vitrine met en avant des réalisations concrètes : fromages artisanaux, huiles essentielles, farines enrichies, ou encore tissus teints à la main. Au-delà de l’exposition, cet événement crée un espace d’échanges privilégié entre productrices, acheteurs et partenaires techniques.

Cette initiative illustre une volonté claire : passer des idées aux actes. En montrant la diversité et la qualité des productions féminines, elle démontre que l’agriculture togolaise regorge de talents et d’innovations. Plus qu’une vitrine commerciale, cette foire devient un laboratoire d’idées pour repenser les circuits de distribution et renforcer la résilience des filières locales.

Les organisateurs soulignent que ces initiatives ne sont pas que symboliques. Elles s’appuient sur des partenariats solides avec des acteurs internationaux comme la Coopération basque, le Forum rural mondial, la FAO ou la GIZ, qui apportent un appui technique et financier crucial.

Un forum au service des politiques publiques

Le FoNAT 2026 ne se contente pas d’identifier les problèmes : il ambitionne de proposer des solutions concrètes pour les politiques agricoles. Les recommandations issues des débats, des ateliers et des retours d’expérience visent à influencer directement les décisions gouvernementales.

Dans un pays où l’agriculture représente encore un pilier économique majeur, le renforcement des capacités des agricultrices apparaît comme une priorité stratégique. Leur pleine intégration dans les chaînes de valeur permettrait non seulement d’améliorer la sécurité alimentaire, mais aussi de créer des emplois durables et de renforcer la résilience face aux défis climatiques.

Les participantes repartent avec une feuille de route claire : plaider pour des réformes foncières équitables, faciliter l’accès aux financements, généraliser les formations en gestion et en technologies adaptées, et soutenir l’innovation dans les filières agricoles féminines. Leur message est sans ambiguïté : l’avenir de l’agriculture togolaise passe nécessairement par l’autonomisation des femmes.

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