L’ONU s’inquiète de la suspension des activités politiques au Mali

Un groupe d’experts indépendants mandatés par les Nations unies a tiré la sonnette d’alarme suite à la décision des autorités maliennes de suspendre les activités des partis politiques. Selon ces spécialistes, le décret de suspension ainsi qu’un projet de loi abrogeant les protections liées à la participation politique constituent une entorse grave aux droits humains fondamentaux.

Les experts demandent l’annulation immédiate de cette mesure restrictive. Ils affirment que si le projet de loi du 30 avril est adopté, le Mali se retrouvera en violation de ses obligations internationales, particulièrement en ce qui concerne la liberté d’association et le droit d’expression. Bien que le gouvernement justifie ces réformes par la nécessité de limiter la prolifération des formations politiques, l’ONU estime que des critères basés sur la représentativité électorale seraient plus appropriés que des barrières financières.

Un climat politique marqué par la méfiance

Le projet de loi prévoit en effet des dépôts de garantie onéreux pour l’enregistrement des partis et les candidatures, ce qui, selon les experts, restreint l’accès à la vie publique aux seuls secteurs disposant d’une forte puissance économique. Par ailleurs, ils soulignent que le climat actuel de répression de l’espace civique empêche toute consultation véritable. De nombreux journalistes et opposants craignent aujourd’hui des sanctions pour avoir exercé leur liberté d’opinion.

Cette situation a conduit plusieurs partis politiques à boycotter les consultations d’avril 2025. Ces derniers redoutent que les autorités de transition n’utilisent ce cadre pour dissoudre légalement les structures d’opposition. Les experts de l’ONU se disent également préoccupés par la recommandation visant à nommer le général Assimi Goïta à la présidence pour une durée de cinq ans renouvelable, sans passer par un processus électoral.

Appel à la retenue et au respect des libertés

Le projet de loi doit désormais être soumis au Conseil national de transition, sous la direction du général Malick Diaw. Les experts onusiens exhortent cette instance à ne pas approuver le texte en l’état et proposent leur aide pour réviser la législation afin qu’elle respecte les normes internationales des droits de l’homme.

Enfin, les experts ont dénoncé les perturbations violentes qui ont touché les rassemblements politiques des 3 et 4 mai. Alors que de nouvelles manifestations sont prévues, ils rappellent que le droit de réunion pacifique est vital pour la démocratie. Les autorités de transition au Mali sont appelées à protéger les manifestants et à mettre fin aux actes d’intimidation.

Cette déclaration est portée par Eduardo Gonzalez, expert indépendant sur les droits de l’homme au Mali, Irene Khan, rapporteuse spéciale sur la liberté d’opinion, et Gina Romero, rapporteuse spéciale sur la liberté de réunion pacifique.

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