Les assauts répétés contre les camps militaires de Dioura et Tabrichat, ainsi que l’attaque meurtrière à Kati en avril 2026, ont révélé une réalité bien plus troublante que les simples chiffres des pertes humaines. Ces revers ne sont pas uniquement des échecs opérationnels : ils exposent les fissures d’une stratégie sécuritaire dont les promesses peinent à se concrétiser sur le terrain malien. Alors que Bamako clame sa souveraineté et son indépendance, la question n’est plus de savoir si l’armée manque de courage, mais si son commandement a les moyens de ses ambitions.
Des attaques aux conséquences multiples : bien plus que des pertes humaines
Le 10 septembre 2026, le camp de Dioura, situé dans le centre du Mali, subissait l’un des plus lourds revers de ces dernières années. Une attaque revendiquée par le JNIM a causé la mort d’au moins 100 militaires maliens et cinq membres de l’Africa Corps, selon des sources concordantes. Si les bilans restent sujets à caution, avec des chiffres parfois contradictoires avancés par les parties en présence, un fait est indéniable : l’armée a perdu du matériel, des positions et, surtout, la confiance en sa capacité à protéger ses propres soldats.
Cette défaite s’inscrit dans une série d’événements tout aussi préoccupants. En juillet 2026, un convoi militaire était pris en embuscade dans la zone de Tabrichat, au nord du pays. Les assaillants, attribués au JNIM, auraient tué plus de cinquante combattants avant de capturer des militaires. Les vidéos et témoignages recueillis par des organisations indépendantes révèlent des scènes d’exécutions sommaires, rappelant que les conflits actuels ne se limitent plus aux seuls affrontements directs, mais incluent désormais des violations graves du droit international.
Kati, ou l’audace d’une attaque en plein cœur du dispositif
L’apogée de ces chocs stratégiques s’est produite le 25 avril 2026, lorsque des groupes armés ont frappé des cibles simultanément à Kati, Gao, Mopti et Sévaré. Kati, ville-garnison à proximité de Bamako, abrite l’un des principaux états-majors de l’armée malienne. L’assassinat du ministre de la Défense lors de cette attaque n’est pas un hasard : il symbolise l’incapacité des autorités à garantir la sécurité, y compris dans des zones considérées comme des bastions militaires. Si ces groupes ont pu pénétrer aussi profondément dans le dispositif sécuritaire malien, c’est que les failles ne se situent pas seulement sur le front, mais au cœur même de la chaîne de commandement.
Une stratégie sécuritaire sous le feu des critiques
Depuis 2020, le régime d’Assimi Goïta a fait de la souveraineté militaire un pilier de sa politique. Le rapprochement avec la Russie et le déploiement de l’Africa Corps devaient marquer une rupture avec les anciens partenariats occidentaux. Pourtant, en 2026, force est de constater que ces alliances n’ont pas permis d’endiguer la progression des groupes jihadistes. Les attaques du JNIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont même atteint une intensité inédite, remettant en cause l’efficacité de cette nouvelle doctrine.
Cette situation ne saurait être imputée à une seule personne. Une guerre de cette envergure, avec ses racines historiques et ses dynamiques régionales, dépasse en complexité les choix d’un seul dirigeant. Cependant, en tant que chef suprême des forces armées, Assimi Goïta porte une responsabilité majeure : celle d’avoir défini une stratégie dont les résultats sur le terrain déçoivent cruellement. Les soldats, eux, ne choisissent ni les alliances, ni les déploiements, ni les doctrines. Ils en paient le prix, souvent au prix de leur vie.
Le coût humain : un fardeau que l’armée ne peut plus porter seule
Au-delà des discours politiques, une armée se mesure à sa capacité à protéger ses hommes. Pourtant, les images des batailles perdues, des convois anéantis et des exécutions de prisonniers dressent un constat accablant. Lesapproximately 93 soldats capturés à Dioura, les dizaines portés disparus à Tabrichat, ou encore les militaires exécutés après leur capture en sont la preuve tangible. Ces événements soulèvent des questions cruciales : comment expliquer que des unités entières se retrouvent encerclées ou abandonnées ? Pourquoi les renforts et le renseignement semblent-ils insuffisants ?
Les réponses à ces interrogations ne résident pas dans l’accusation de lâcheté portée contre les soldats, mais dans l’analyse des moyens dont dispose aujourd’hui l’armée malienne. Une armée qui ne peut ni anticiper les attaques, ni protéger ses convois, ni évacuer ses blessés, ni secourir ses unités encerclées, est une armée condamnée à subir défaite après défaite. Et le Mali, en 2026, est bien loin de la reconquête sécuritaire promise.
Une souveraineté militaire en péril
Le pouvoir malien a fait le choix de l’autonomie stratégique, marquant une volonté de rompre avec les anciennes dépendances. Pourtant, les réalités du terrain révèlent que cette autonomie ne s’est pas traduite par une amélioration de la sécurité. Les groupes armés continuent de gagner du terrain, les populations civiles restent prises en étau, et les soldats maliens sont toujours aussi vulnérables. Dans ce contexte, la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit au prix d’une stratégie réaliste, d’un renseignement efficace et d’une chaîne de commandement infaillible.
Les défaites de Dioura, Tabrichat et Kati ne sont pas anodines. Elles sont le symptôme d’un système qui a mal évalué ses propres forces et faiblesses. Jusqu’à présent, le pouvoir d’Assimi Goïta n’a pas apporté de réponses convaincantes à ces défis. Pourtant, la question ne concerne plus seulement le présent de l’armée malienne : elle engage l’avenir même du pays. Une nation ne peut se permettre de voir ses soldats tomber sans comprendre pourquoi.
Et demain ? La nécessité d’un tournant stratégique
Les revers militaires ne marquent pas la fin de l’histoire, mais ils en révèlent les failles. Face à une menace jihadiste qui ne faiblit pas, le Mali doit désormais assumer un choix : persister dans une stratégie dont les résultats sont contestables, ou engager une refonte profonde de son approche sécuritaire.
Cela implique, d’abord, de reconnaître que les défis ne se limitent pas aux questions de courage ou de volonté. Il est temps de réévaluer les alliances, les techniques de combat, les systèmes de renseignement et la protection des soldats. Une armée qui perd ses hommes sans comprendre les raisons de ces échecs n’a d’autre choix que de changer de cap. Car en définitive, la véritable force d’une armée ne réside pas dans ses discours, mais dans sa capacité à protéger ceux qui la composent.