Manifestation à Kinshasa : le pouvoir ignore l’appel à la grève générale

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manifestation à Kinshasa : le pouvoir ignore l’appel à la grève générale

Jean-Noël Ba-Mweze
3 juin 2026

Malgré une journée d’arrêt total décrétée par l’opposition, le gouvernement maintient son projet de réforme constitutionnelle. Les deux camps s’affrontent sur l’ampleur de la mobilisation dans la capitale congolaise.

Centre administratif de Kinshasa

Les rues de Kinshasa ont lentement repris vie en cette fin de journée, après l’appel à une journée ville morte lancé par les partis de l’opposition regroupés au sein de la coalition Article 64. Cette mobilisation exceptionnelle visait à faire pression sur le président Félix Tshisekedi pour qu’il abandonne son projet de réforme constitutionnelle.

Tandis que l’opposition affirme avoir enregistré une participation massive de la population, le camp présidentiel minimise l’impact de cette journée et réaffirme sa détermination à poursuivre le processus.

Une capitale paralysée sous surveillance militaire

Dans de nombreux quartiers de Kinshasa, les habitants ont choisi de rester chez eux, par crainte de violences ou simplement par rejet de la réforme constitutionnelle. Les forces de sécurité, déployées en nombre, ont contribué à donner à la capitale congolaise un aspect inhabituellement calme.

« Je n’ai croisé aucun élève aujourd’hui. Les écoles sont fermées, la circulation est quasi inexistante. Les gens ne veulent pas de cette réforme. Si nous ne résistions pas, nous aurions dû nous rendre au travail. Le peuple ne l’accepte pas. », témoigne un habitant.

Un autre témoin décrit une atmosphère marquée par la répression :

« Ici, c’est l’enfer. Les militaires et les policiers bloquent les routes, dispersent les groupes. Impossible de circuler. Les magasins sont tous fermés. La situation est vraiment tendue. »

L’opposition se félicite d’une mobilisation historique

À l’issue de cette journée, les leaders de l’opposition dressent un bilan qu’ils jugent très positif. Ils estiment que la population a massivement répondu à leur appel et annoncent déjà de nouvelles actions pour faire obstacle à la réforme constitutionnelle.

Centre-ville de Kinshasa en 2023

Pour le porte-parole de la coalition Lamuka, Prince Epenge, cette mobilisation est un rejet sans équivoque de la politique du chef de l’État.

« La population de Kinshasa a répondu à plus de 99 % à l’appel de l’opposition. En restant chez eux, les Kinois ont clairement désavoué Félix Tshisekedi et sa volonté dictatoriale de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Il est temps pour lui de comprendre ce message fort envoyé par ceux qui sont restés chez eux. »

Le gouvernement campe sur ses positions

Une analyse que rejette catégoriquement le camp présidentiel. Pour l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), l’opposition n’a pas réussi à mobiliser la population comme elle le prétendait. Les activités auraient continué normalement dans la capitale.

Christian Lumu Lukusa, vice-président de la Ligue des jeunes de l’UDPS, balaie d’un revers de main les affirmations de l’opposition :

« Malgré les tentatives de certains leaders pour semer la psychose et inciter à la violence, le peuple n’a pas suivi leurs consignes. Je peux vous assurer que Kinshasa est pleinement active aujourd’hui. »

Il réaffirme également la volonté de son camp de mener à bien la réforme constitutionnelle, qu’il présente comme une nécessité pour moderniser les institutions.

« Concernant le projet de modification de la Constitution, nous le maintiendrons car il répond à une nécessité nationale et à une volonté de moderniser nos institutions. »

Un référendum au cœur des tensions

Selon les responsables de la majorité, cette réforme devra être soumise à référendum. Une loi référendaire a d’ailleurs été adoptée par l’Assemblée nationale le 27 mai dernier.

L’opposition, elle, dénonce cette initiative et la considère comme anticonstitutionnelle. Ce conflit persistant entre le pouvoir et l’opposition laisse présager de nouvelles tensions politiques dans les semaines à venir.

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