mayo-tsanaga en crise : l’état camerounais face à la menace de boko haram
Des villages fantômes, des milliers de déplacés et une réponse étatique jugée insuffisante
Depuis 2014, le département du Mayo-Tsanaga, situé dans l’extrême-nord du Cameroun, subit les assauts répétés de Boko Haram. Cette organisation terroriste, originaire du Nigeria voisin, a étendu son influence au-delà des frontières, transformant cette région en un champ de ruines. Les premières attaques ont frappé le mont Gossi, à Tourou, à seulement 35 km de Mokolo, marquant le début d’une crise humanitaire toujours d’actualité.
une terreur quotidienne et des villages abandonnés
Les villages du Mayo-Tsanaga subissent une violence ininterrompue. Boko Haram détruit méthodiquement les infrastructures : écoles, centres de santé, postes de gendarmerie et lieux de culte. Les populations, prises au piège, sont contraintes de fuir. Plus de cinquante localités, dont Gossi, Vizik, Magoumaz ou encore Koza, ont été partiellement ou totalement évacuées. Les chiffres sont accablants : en 2022, déjà une dizaine de villages étaient déserts, tandis que d’autres, comme Toufou 1 ou Roum, sont devenus des bastions terroristes.
Les habitants décrivent une situation insoutenable. « Nous vivons dans l’angoisse permanente. La nuit, nous nous réfugions dans les montagnes, craignant pour nos vies. À l’aube, nous redescendons pour travailler nos terres, mais tout peut basculer en un instant », témoignent les habitants de Tourou. Les déplacements forcés se multiplient : en juin 2026, 78 ménages supplémentaires ont fui les violences, portant le nombre total de déplacés à plus de neuf mille dans le département. Certains ont même trouvé refuge à Kalfou, à plus de deux cents kilomètres de leur foyer, illustrant l’ampleur de l’exode.
un État absent face à la crise
Malgré les promesses et les visites officielles, la réponse de l’État camerounais reste insuffisante. Les militaires déployés sur le terrain sont souvent en nombre insuffisant pour faire face à des groupes lourdement armés. Lors de l’attaque de Ldamang en juin 2026, seuls deux soldats étaient présents sur place pour protéger les villageois. Face à cette impuissance, les comités de vigilance locaux, composés de civils désarmés, tentent de résister avec des moyens dérisoires.
Le silence des autorités locales et nationales est perçu comme une complicité. Les élites administratives, bien que présentes lors des meetings électoraux, se taisent lorsque les villages brûlent. « Pourquoi nos élus et le gouvernement nous ignorent-ils ? Sommes-nous moins camerounais que les autres ? », s’interrogent les habitants. Les promesses de soutien, comme celles énoncées lors des « rencontres fraternelles » de Mokolo, restent lettre morte.
une économie en ruine et des vies brisées
La crise a plongé le Mayo-Tsanaga dans le chaos. L’agriculture, pilier de l’économie locale, s’effondre. Les écoles ferment, privant les enfants d’éducation, tandis que les centres de santé disparaissent. Les papiers d’identité, brûlés avec les maisons, laissent des familles sans repères. Les enfants, séparés de leurs parents lors des attaques, errent souvent seuls, exposés à la précarité ou au banditisme. Les jeunes filles, privées d’avenir, voient leurs rêves s’évanouir.
Cette dépopulation accélérée menace de rendre le département inhabitable. Sans une intervention urgente, le Mayo-Tsanaga pourrait devenir une terre fantôme, abandonnée à son sort. La question reste entière : combien de villages devront encore être rayés de la carte avant que la crise ne devienne une priorité nationale ?