Menace grandissante au Mali : quand djihadistes et séparatistes s’allient contre la junte militaire

Les attaques coordonnées menées ce week-end par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont semé la consternation au Mali. Des villes comme Bamako, Kidal et d’autres ont été frappées simultanément, révélant une coordination militaire inédite entre deux groupes autrefois ennemis.
Cette alliance, qui marque un tournant dans le conflit malien, révèle une fragilité accrue de la junte militaire face à une insurrection mieux organisée. Mais que cache cette coopération inattendue, et quels en sont les enjeux pour la souveraineté du Mali ?
Une collaboration contre-nature aux objectifs divergents
Le JNIM et le FLA ont longtemps été perçus comme des adversaires. Le premier, coalition djihadiste active dans le Sahel, prône l’instauration d’un ordre islamique transnational, tandis que le second, mouvement séparatiste touareg, revendique l’autonomie de l’Azawad, région du nord du Mali.
Leurs divergences idéologiques étaient telles qu’ils se disputaient le contrôle des territoires dans le nord et le centre du pays. Pourtant, cette fois, ils ont mis de côté leurs rivalités pour cibler un ennemi commun : la junte militaire au pouvoir à Bamako.
Leur alliance repose sur une complémentarité stratégique : le FLA apporte une connaissance approfondie du terrain et des réseaux communautaires, tandis que le JNIM fournit une puissance de feu et une logistique transnationale. Ensemble, ils forment une menace plus redoutable que chacun séparément.
Un rapprochement déjà observé dans le passé
Cette coopération n’est pas totalement nouvelle. Dans les années 2012-2013, une alliance similaire avait été conclue entre le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes terroristes comme AQMI et Ansar Dine pour chasser les forces maliennes du nord. Cependant, cette collaboration s’était rapidement effritée, les djihadistes prenant le dessus sur les séparatistes.
Pour Emmanuel Odilon Koukoubou, chercheur au Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF), cette alliance actuelle est motivée par des intérêts immédiats : « Leur ennemi commun est l’État malien. Le FLA veut l’indépendance de l’Azawad, tandis que les djihadistes cherchent à imposer un califat. Leurs objectifs ne sont pas compatibles à long terme, mais pour l’instant, ils unissent leurs forces pour affaiblir la junte. »
La junte militaire sous pression : un pouvoir fragilisé
Les attaques récentes ont révélé les failles du dispositif sécuritaire malien. La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure majeure de l’armée, lors d’une opération ciblée à Kati, illustre cette vulnérabilité. L’absence de réaction immédiate du président a, en outre, alimenté les spéculations sur la stabilité du régime.
Pour Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center et ancien expert indépendant de l’ONU pour le Mali, cette attaque est un signal alarmant : « C’est le cœur même du pouvoir politique et militaire qui a été visé. Sadio Camara était un stratège influent au sein de l’armée. Son assassinat est une catastrophe pour la junte. »
Le Premier ministre malien a reconnu la nécessité d’adapter la réponse à cette menace asymétrique, promettant des « correctifs » pour renforcer la sécurité. Cependant, les observateurs soulignent que la chaîne de commandement apparaît désormais fragilisée.

Quel avenir pour le Mali et le Sahel ?
Cette crise survient dans un contexte diplomatique déjà tendu. Le Mali, en rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, s’appuie désormais sur la Russie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cependant, cette alliance offre peu de marge de manœuvre face à la menace grandissante.
Pour Alioune Tine, l’enjeu dépasse les frontières maliennes : « L’effondrement du Mali risque de provoquer un effet domino dans toute la sous-région. La priorité absolue est désormais d’élaborer une stratégie régionale commune. Sans une réponse collective, il n’y a pas d’issue. »
Il appelle à une souveraineté sécuritaire partagée et à la mise en place d’une défense commune, soulignant que « les destins des pays de la région sont liés ». Une coordination renforcée entre la CEDEAO, l’AES et d’autres acteurs pourrait être la clé pour contrer cette menace grandissante.
En conclusion, l’alliance entre le JNIM et le FLA représente un défi majeur pour la stabilité du Mali et du Sahel. Face à cette situation critique, la junte doit réévaluer sa stratégie, tandis que la sous-région doit se mobiliser pour éviter une propagation incontrôlable de l’instabilité.