Mendicité au Mali : quand l’État abandonne sa jeunesse et hypothèque l’avenir du pays

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La rue de Bamako, miroir d’un État en lambeaux

Chaque jour, à l’approche des feux tricolores ou devant les mosquées de Bamako, des centaines de mains se tendent vers les passants. Derrière ces silhouettes frêles se cachent des vies brisées par l’échec des politiques publiques maliennes. Malgré les discours officiels répétitifs et les opérations de communication orchestrées par les autorités, la mendicité infantile et adulte s’est transformée en une plaie ouverte qui ronge le tissu social malien. Ce fléau urbain, désormais endémique, révèle l’incapacité criante d’un État à protéger ses citoyens les plus vulnérables, plongeant le pays dans une impasse humanitaire aux conséquences dévastatrices.

Une réalité urbaine qui dépasse l’imagination

Dans la capitale, la mendicité n’est plus un phénomène marginal : elle structure désormais le paysage quotidien. Aux carrefours les plus fréquentés, des enfants souvent âgés de 7 à 15 ans, certains déscolarisés, d’autres issus de médersas non régulées, se jettent entre les véhicules pour quémander quelques pièces. Ces scènes, filmées chaque jour par les téléphones portables, sont devenues un symbole de l’abandon des institutions. Les opérations de « ramassage » ponctuelles, organisées par le ministère en charge de la protection de l’enfance, se soldent systématiquement par des échecs cuisants : les enfants sont rapidement rendus à leur milieu, faute de centres d’accueil pérennes ou de mécanismes de suivi efficaces.

Les talibés, victimes d’un système éducatif défaillant

Une partie croissante de ces mendiants juvéniles provient des écoles coraniques traditionnelles, où certains maîtres exploitent la vulnérabilité des familles pour tirer profit de la présence des enfants. Ces établissements, non reconnus par l’État, échappent à tout contrôle administratif ou pédagogique. Les rapports dénonçant ces pratiques s’accumulent, mais les autorités avancent l’argument de la tradition religieuse pour justifier leur inaction. Pendant ce temps, la jeunesse malienne paie le prix fort : formation de contrebande, dépendance économique et déscolarisation massive.

Des politiques publiques en décalage avec les besoins urgents

Depuis des années, le Mali alloue une part dérisoire de son budget à la lutte contre la pauvreté et à la protection sociale. Les fonds destinés aux programmes d’insertion sociale et de réinsertion des enfants de la rue s’évaporent dans la corruption ou sont détournés vers d’autres priorités. Les centres de transit et de réinsertion, censés héberger et scolariser ces jeunes, sont souvent sous-équipés, voire inexistants. Les quelques initiatives locales, portées par des ONG ou des partenaires internationaux, peinent à combler ce vide institutionnel. Résultat : des milliers de Maliens, jeunes et moins jeunes, se retrouvent piégés dans un cycle sans fin de précarité.

Les conséquences invisibles mais dévastatrices

L’incapacité de l’État à endiguer cette crise ne se limite pas à un désastre humanitaire. Elle représente une menace directe pour la cohésion sociale et la sécurité nationale. Ces adolescents livrés à eux-mêmes, privés d’éducation et d’opportunités, deviennent des cibles idéales pour les groupes armés et les réseaux criminels opérant dans la sous-région. Leur marginalisation croissante alimente un terreau fertile pour le recrutement et l’extrémisme. De plus, la présence massive de mendiants dans les rues de Bamako dissuade les investisseurs et les touristes, étouffant davantage une économie déjà fragile.

Un contrat social rompu : l’État a-t-il abandonné sa mission ?

La mendicité à Bamako n’est pas seulement le symptôme d’une pauvreté galopante : elle est la preuve tangible d’un État défaillant, incapable de remplir ses obligations fondamentales. Les promesses de protection de l’enfance, de scolarisation universelle et de lutte contre les inégalités restent des vœux pieux, étouffés par des années de mauvaise gouvernance, de corruption et de priorités budgétaires mal orientées. Sans une refonte en profondeur des politiques sociales, sans une volonté politique affirmée pour faire respecter la loi et sans un investissement massif dans l’éducation et les services publics, le Mali risque de voir sa jeunesse sacrifiée sur l’autel de l’inaction.

Que faire pour inverser la tendance ?

Les solutions existent, mais elles nécessitent une rupture radicale avec les pratiques actuelles :

  • Renforcer l’éducation nationale : Rendre l’école primaire gratuite et obligatoire pour tous, en mettant fin aux frais indirects qui excluent les familles pauvres.
  • Réguler le système des médersas : Imposer un cadre légal strict aux écoles coraniques traditionnelles, avec des contrôles réguliers et des sanctions en cas d’exploitation ou de détournement des enfants.
  • Lutter contre la corruption : Transparence totale dans la gestion des fonds alloués à la protection sociale, avec des audits indépendants et des mécanismes de reddition de comptes pour les responsables publics.
  • Investir dans les centres de réinsertion : Créer un réseau dense de structures d’accueil temporaire et de réinsertion professionnelle, en partenariat avec les acteurs locaux et les organisations humanitaires.
  • Mobiliser la société civile : Associer les communautés locales, les chefs traditionnels et les leaders religieux à des campagnes de sensibilisation et de prévention pour briser le silence autour de ces dérives.

Un Mali sans mendicité est-il encore possible ?

La réponse réside dans la capacité des autorités à reconnaître l’ampleur du désastre et à agir avec détermination. Chaque jour sans action concrète creuse un peu plus le fossé entre l’État et sa jeunesse. Les solutions ne manqueront pas de naître si la volonté politique est enfin au rendez-vous. En attendant, des milliers d’enfants continuent de tendre la main, non par choix, mais par nécessité. Leur sort dépend désormais des décisions qui seront prises… ou évitées.

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