Qui sont les Touaregs et les Arabes maliens qui veulent créer un État indépendant dans le nord ?
Le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste composé de Touaregs et d’Arabes maliens, a annoncé une nouvelle offensive militaire ce week-end pour reprendre le contrôle des régions du nord et du centre du Mali. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions accrues avec les autorités maliennes, après des attaques coordonnées lancées fin avril qui ont visé des positions stratégiques, dont la ville de Kati, proche de Bamako.
Ces assauts ont causé des pertes humaines majeures au sein des forces gouvernementales. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a été tué, tandis que le chef des services de renseignement, Modibo Koné, a été grièvement blessé. Ces événements ont ébranlé la stabilité du régime du colonel Assimi Goïta, qui tente de maintenir son autorité sur l’ensemble du territoire.
Parmi les cibles stratégiques visées par les rebelles figure Kidal, ville symbole de la présence militaire malienne et des forces russes de l’Africa Corps. Le FLA avait brièvement pris le contrôle de Kidal en 2023, avant que l’armée malienne ne reprenne la ville lors d’une contre-offensive. Aujourd’hui, les combats s’intensifient, reflétant les enjeux géopolitiques et sécuritaires majeurs du Sahel.
Face à cette menace, les autorités maliennes ont annoncé une récompense de 12,4 millions de dollars pour toute information conduisant à l’arrestation ou à l’élimination des dirigeants du FLA et du JNIM. Parallèlement, l’armée malienne et les forces de l’Africa Corps multiplient les opérations dans le nord du pays, tout en renforçant leur arsenal militaire pour contrer une éventuelle nouvelle attaque.
Origines et composition du Front de libération de l’Azawad (FLA)
Les Forces de libération de l’Azawad (FLA) ont été officiellement créées le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, localité frontalière avec l’Algérie. Leur formation résulte de la fusion de plusieurs groupes armés séparatistes touaregs et arabes, dont l’objectif commun est l’indépendance de l’Azawad.
Cette région, située entre les villes de Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka, a été proclamée État indépendant en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’un des principaux groupes ayant fusionné pour former le FLA. Les FLA succèdent au Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), lui-même issu de la fusion de plusieurs entités rebelles.
Parmi les groupes fondateurs figurent :
- Le MNLA, mouvement historique de libération de l’Azawad ;
- Le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA), organisation politique et militaire ;
- Les factions rebelles du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) ;
- Le Groupe d’autodéfense touareg imghadien et ses alliés (Gatia), bien que progouvernemental à l’origine.
L’histoire des Touaregs au Mali remonte à 1988, lorsque le Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) fut fondé en Libye par des exilés algériens et libyens. Son leader historique, Iyad Ag Ghali, actuel chef du JNIM, incarne cette continuité entre rébellion touarègue et islamisme radical.
La direction du FLA est assurée par Bilal Ag Acherif, né à Kidal en 1977. Il joue un rôle central dans la coordination politique et stratégique du mouvement. Son adjoint, Alghabass Ag Intalla, assure la direction militaire et entretient les relations avec le JNIM. Intalla est le fils de Intallah Ag Attaher, chef traditionnel Ifoghas décédé en 2014. Mohamed Ramadane occupe quant à lui le poste de porte-parole du FLA.
Quelles sont les revendications du FLA ?
Les communautés touarègues et arabes du nord du Mali nourrissent une opposition historique envers le gouvernement central depuis l’indépendance du pays en 1960. Cette contestation a déjà donné lieu à plusieurs rébellions armées, notamment en 1962, entre 1990 et 1996, puis en 2012.
Le FLA ambitionne de fonder une « République de l’Azawad », un État autonome pour près de deux millions de Touaregs dispersés à travers l’Afrique de l’Ouest et du Nord. Leur projet s’appuie sur l’idée que l’Azawad, riche en ressources naturelles comme l’uranium, l’or et le sel, a été injustement intégré au Mali sans tenir compte de son héritage culturel et historique indépendant.
Les dirigeants du FLA dénoncent une marginalisation systémique de la part de Bamako, tant sur le plan politique qu’économique et culturel. Malgré l’abondance de ressources minières dans le nord du pays, les infrastructures locales restent défaillantes : écoles, centres de santé, réseaux d’eau et d’électricité, ainsi que les routes, sont largement négligés par les autorités nationales.
Bilal Ag Acherif a récemment réaffirmé cette position en déclarant que l’Azawad « a été annexé au Mali sans considérer son statut de civilisation indépendante ». Le gouvernement malien, de son côté, accuse des pays voisins comme l’Algérie et la Mauritanie de soutenir les séparatistes. L’Algérie, qui avait joué un rôle de médiateur lors des accords d’Alger signés en 2015, voit Bamako abandonner cet accord en janvier 2024. D’autres pays, dont l’Ukraine, la France et la Mauritanie, ont également été pointés du doigt pour leur implication présumée dans le conflit.
Bien que le nombre exact de combattants du FLA reste inconnu, Mohamed Ramadane affirme que le mouvement dispose d’une force militaire significative, s’étendant de la frontière mauritanienne à celle de l’Algérie. Les principaux bastions se situent autour de Kidal et Tinzaouatene.
Entre 2024 et 2025, le FLA a principalement eu recours à des drones kamikazes lors de ses offensives. Cependant, des images diffusées régulièrement montrent des combattants équipés de fusils, évoluant en convois motorisés à travers le désert, illustrant la capacité opérationnelle du mouvement.
Alliance controversée entre le FLA et le JNIM : une convergence tactique ou une menace durable ?
Les relations entre le FLA et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), lié à Al-Qaïda, ont connu une évolution marquante. Iyad Ag Ghali, actuel dirigeant du JNIM, fut autrefois une figure majeure de la rébellion touarègue avant de se tourner vers l’islamisme radical à la fin des années 1990.
Le rapprochement entre les deux groupes s’est concrétisé en mai 2024, lorsque Alghabass Ag Intalla a évoqué des discussions entre le CSP-PDA et le JNIM. Mohamed Ramadane a ensuite confirmé l’existence d’un « pacte tacite de non-agression » entre les FLA et le JNIM.
En juillet 2024, le CSP-PDA, avec l’appui du JNIM, a infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et aux mercenaires russes de l’Africa Corps lors de la bataille de Tinzaouatene. Cependant, des tensions sont apparues lorsque le JNIM a reproché aux FLA de ne pas avoir reconnu son soutien.
En mars 2025, des pourparlers ont abouti à un accord de collaboration conjointe contre l’armée malienne et les troupes russes. Après les attaques du 25 avril, les deux groupes ont officiellement reconnu leur partenariat, présenté comme une « convergence stratégique » par les FLA et comme la possibilité d’instaurer la charia par le JNIM.
Bilal Ag Acherif a justifié cette alliance en déclarant : « Il existe des divergences idéologiques, mais nous cherchons des solutions locales ». Cependant, la pérennité de cette collaboration reste incertaine, en raison des profondes différences entre les objectifs des deux mouvements.