Niger : le basculement autoritaire du CNSP brise le miroir de l’information

Il est des mots qui, sous certaines plumes, sonnent comme des serments. Mais lorsqu’ils sont brandis par un pouvoir aux abois, ils virent rapidement à l’épitaphe. Le terme « souveraineté » appartient désormais à cette catégorie. En dévoilant, au sortir du Conseil des ministres, un nouveau carcan juridique pour la presse électronique et les médias étrangers, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) assure vouloir protéger le cyberespace nigérien. La réalité est tout autre : le régime militaire vient de consommer un tournant décisif, celui de l’édification d’une muraille informationnelle quasi infranchissable.

Une chasse aux voix libres désormais institutionnalisée

L’ordonnance dédiée à la presse électronique ne laisse planer aucun doute pour qui décrypte le jargon administratif. Sous couvert d’« adapter la réglementation » et de « lutter contre les fausses informations », la junte s’octroie un droit de chasse illimité sur l’un des ultimes espaces de liberté du pays.

Dans un contexte où les organes traditionnels sont déjà sommés de se muer en thuriféraires du régime, les plateformes en ligne et la presse numérique constituaient le dernier refuge des citoyens, des blogueurs et des journalistes indépendants désireux de contester la version officielle. Désormais, qui définira ce qu’est une « fausse information » ? Sans surprise, ce ne sera pas un juge indépendant, mais bien la main de l’État militaire. La « responsabilité professionnelle » devient ainsi le nouveau visage du conformisme obligatoire.

Un rideau de fer sur les regards extérieurs

Le second volet du texte cible la presse internationale et les correspondants étrangers. Les mots sont soigneusement pesés : « procédure d’accréditation », « identification », « traçabilité ». Mais le vernis est trop mince. Il s’agit en réalité d’un fichage méthodique et d’un droit de regard absolu sur l’activité des journalistes.

En soumettant le travail des correspondants à des filtres drastiques, Niamey ne cherche pas seulement à se prémunir d’une supposée ingérence : le pouvoir veut choisir ses témoins, imposer ses récits et verrouiller toute porte à un regard critique. C’est l’instauration d’un huis clos médiatique hermétique, où seules les vérités estampillées par le gouvernement auront droit de cité.

Le monologue d’un pouvoir apeuré

Prétendre que « la souveraineté se joue dans l’espace informationnel » relève d’un raccourci commode. Mais confondre la souveraineté d’un peuple avec le monopole de la parole d’un gouvernement est une faute politique majeure. Un État qui redoute la contradiction au point de verrouiller le moindre fil d’actualité ne fait pas étalage de puissance ; il expose ses fragilités.

En transformant la presse en outil de propagande et les journalistes en suspects par défaut, le Niger ne consolide pas sa souveraineté. Il s’isole un peu plus, condamnant sa population à choisir entre le silence imposé et le murmure clandestin des réseaux. L’information n’est pas une menace pour la patrie : elle est le miroir de sa santé démocratique. Et ce miroir, le CNSP vient tout simplement de le briser.

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